Les PME suisses lorgnent toujours plus les marchés étrangers. Mais, depuis une dizaine d'années, leur stratégie a changé. «L'exportation reste le vecteur majeur de l'internationalisation des PME, mais les autres facettes, à savoir les investissements et les partenariats avec des acteurs étrangers gagnent de l'importance», remarque Paul Dembinski, professeur à l'Université de Fribourg et directeur de l'étude publiée par Eco'diagnostic. Cette nouvelle donne est liée à la volonté de la Suisse de vouloir rester en marge du bloc de l'Union européenne. Même si le taux de change du franc par rapport à l'euro ne varie que très peu, il existe un léger risque de change pour les exportateurs. L'exportation de biens et services, outil classique de pénétration des marchés étrangers, n'est plus la panacée.

Plutôt que d'exporter la production, les PME suisses préfèrent s'installer à l'étranger, ce qui permet de bénéficier d'une main-d'œuvre meilleur marché. Elles évitent ainsi les obstacles frontaliers et les risques de change. Mais ce ne sont pas les seuls arguments (voir tableau). Il arrive que des PME soient poussées à investir à l'étranger dans le seul objectif de suivre un grand client ou de se libérer de l'étroitesse du marché helvétique. Dans ce dernier cas, le choix de l'internationalisation dégage des économies d'échelle indispensables à la survie de l'entreprise qui évolue dans un secteur de pointe. «J'ai déménagé une partie de ma production de briques en verre à Annemasse, explique un entrepreneur genevois. Le marché romand devenait trop exigu pour ma société et la demande se développe au-delà des frontières.»

La conquête de nouveaux marchés est aussi étroitement liée à la performance de l'entreprise et à son niveau de technologie. Un constat s'impose: plus le degré d'utilisation d'outils de haute technologie est important, plus les PME suisses ont une tendance à l'internationalisation.

En tenant compte d'un découpage par branches, le rapport montre que l'industrie reste un secteur exportateur alors que les services sont souvent orientés vers le marché intérieur. Les PME dont le métier principal touche les services de proximité (salons de coiffure, restaurants, petits commerces) ont de la peine à s'exporter, et donc à s'internationaliser. Mais le degré d'ouverture ne dépend pas que du secteur économique. La taille de la société joue un rôle important. Ainsi, 30% des entreprises les plus petites n'exportent pas leur production alors que seules 6% des sociétés moyennes sont dans ce cas. Avec cette délocalisation, le marché de l'emploi helvétique risque-t-il d'être pénalisé? A priori non, car la Suisse a des chances de rester le lieu où se prennent les décisions, où se développent les nouvelles idées et où s'organise le financement des projets. Le cœur de la valeur ajoutée continuera d'être produit dans le pays d'origine. «Si cette évolution devait se vérifier, la Suisse serait appelée à se transformer en un centre d'opération fort semblable à Hongkong ou à Singapour avec les dangers d'hypertrophie et de clivages sociaux que cela annonce», précise Paul Dembinski.