Matières premières

Des poids lourds du négoce lancent leur blockchain

Un consortium de banques, extracteurs et négociants joint ses forces pour lancer Komgo. Cette entreprise genevoise développera des solutions adossées à la chaîne de blocs destinées à faciliter les transactions. A terme, les gains de trésorerie pourraient s’élever à 30 ou 40% sur l’ensemble de la chaîne

Un consortium d’entreprises actives dans les matières premières a annoncé mercredi le lancement de Komgo. Cette start-up genevoise est chargée de développer une plateforme basée sur la chaîne de blocs (ou blockchain) destinée à faciliter les transactions entre extracteurs, traders et financiers et à réduire la mobilisation de capitaux.

La plateforme devrait être opérationnelle à la fin de l’année, avec deux solutions couvrant le début de la chaîne de production. La première est destinée à harmoniser la vérification de l’identité des clients (know your customer, dans le jargon) et la seconde à la numérisation des lettres de crédit.

Mettre fin au tout-papier

«Nous avons travaillé avec l’industrie afin de définir les problèmes prioritaires et favoriser l’acceptation d’une seule solution par l’ensemble du marché», soutient Souleïma Baddi, directrice de Komgo. C’était déjà son équipe qui était à l’origine des premiers tests l’année dernière avec le négociant pétrolier Mercuria et le céréalier Louis Dreyfus.

La blockchain est un livre comptable numérique sécurisé, capable de valider des transactions en quelques minutes sans intervention d’une tierce partie. Soit une révolution pour le commerce international, où le papier fait encore loi. «Les traders n’auront plus à toujours répéter les mêmes procédures pour les dizaines de banques et de contreparties avec qui ils travaillent», exemplifie Souleïma Baddi.

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Une quinzaine de poids lourds de l’industrie sont montés à bord du projet. On retrouve notamment les banques BNP Paribas, Citibank ou Crédit Agricole CIB, les majors pétrolières BP ou Shell et les négociants Gunvor et Mercuria, tous deux basés à Genève. Komgo leur garantit qu’elle n’aura accès à aucune de leurs données, qui seront uniquement accessibles aux utilisateurs autorisés selon un système de clefs de cryptage.

Des gains de 30 à 40%

Outre la sécurité, la technologie blockchain assure surtout une accélération des transactions. Et donc une réduction des cycles de financement. Dans le secteur, on évoque deux à trois semaines d’économisées, sur des fonds de roulements d’environ un mois.

Dans un entretien au Temps, le cofondateur de Mercuria, Marco Dunand, soulignait «l’archaïsme» des bills of lading, estimant de potentiels gains en trésorerie à 30-40% sur l’ensemble de la chaîne de production. En parallèle à Komgo, le projet blockchain VAKT est en cours afin notamment de numériser ces titres de propriété au cœur du commerce mondial depuis l’expansion romaine.

Lire l’interview: Mercuria: «Dans le trading, les coûts des transactions pourraient diminuer de 30 à 40% avec la blockchain»

Les initiatives blockchain essaiment depuis deux ans. L’année dernière, BNP Paribas annonçait un projet de blockchain privée destiné à améliorer les opérations de trésorerie internes, avant de rejoindre Komgo.

SGS est aussi coactionnaire de Komgo et de VAKT, sans crainte de se faire un jour disrupter dans ses activités d’inspection et de certification. «A chaque étape, le besoin de vérification physique des marchandises reste le même, explique un porte-parole. C’est le moyen de communiquer l’information qui change.»

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