Le point de la situation en Suisse

En Suisse, une motion parlementaire et une enquête tentent de sensibiliser l'opinion publique.

"Si aucun enfant travailleur n'a été officiellement recensé par l'Inspection du travail, cela ne signifie pas que notre pays soit épargné", estime Elisabeth Reusse-Decrey, députée genevoise de gauche. Un constat qui a débouché sur le dépôt d'une motion qui invite notamment les autorités à exercer un contrôle accru afin qu'aucune des fournitures de l'Etat ne provienne de produits manufacturés par des enfants. D'autre part, la motion rend attentif au fait que "si la situation en Suisse n'est pas comparable à celle d'autres pays, il convient de rester attentif aux risques de dérapage dans certains secteurs occupant des jeunes". "Nous pensons particulièrement à certains domaines d'apprentissage où ils sont parfois considérés comme de la main-d'œuvre bon marché, au détriment de leur formation", explique la députée.

Même si la plupart des cas d'enfants travailleurs en Suisse relèvent du fait divers, les milieux proches des jeunes, l'école en particulier, se montrent tout de même préoccupés. Des remarques émanant du corps enseignant, font périodiquement part de l'état de fatigue anormal de certains élèves, d'absences répétées chaque semaine à la même heure, etc. "Par recoupement, explique Julie André, juriste auprès du syndicat actif dans le tertiaire Actions Unia, les enseignants ont découvert que certains enfants travaillent dans le commerce familial, qu'ils aident le soir à des ménages, ou encore, qu'ils assument pour certains les tâches ménagères et familiales. Le problème, c'est qu'aux yeux de la loi, ces enfants qui travaillent n'existent pas". Pour mieux cerner le problème, le syndicat a lancé une vaste enquête au niveau romand. Laquelle devrait permettre de quantifier le problème, mais surtout mesurer les conséquences du travail de ces enfants sur leur scolarité ainsi que le rapport à la délinquance.

En Suisse, la loi tolère le travail dès l'âge de 13 ans, mais à certaines conditions et ceci jusqu'à 19 ans (20 pour les apprentis): quota d'heures limité, interdiction d'exercer un travail de nuit ou d'effectuer certaines tâches trop lourdes... Pour l'heure, le secteur agricole échappe à cette législation, une situation qui devrait cependant changer si Berne ratifie la Convention 138. Laquelle prévoit la possibilité d'aménagements particuliers dans des domaines artistiques tels que la publicité ou le cinéma . La loi suisse prévoit elle aussi un assouplissement de sa législation. "C'est un champ d'activité dans lequel il est impossible d'exercer un véritable contrôle, explique Mauro Sargenti, juriste au Département économie et travail de l'Office fédéral du développement économique et de l'emploi, nous avons pris le parti de réviser la loi avec des instruments nouveaux". Reste à discuter avec les partenaires sociaux. "Et avec les parents, souligne le juriste, qui pour certains souhaiteraient voir sauter toutes les limitations actuelles".

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