Conjoncture

Les points clés du programme économique de Donald Trump

Le président élu hérite d’une économie en bonne santé, mais où les inégalités sont croissantes. Son programme: investissement, cadeaux fiscaux, déréglementation et protectionnisme

Les Etats-Unis sont sortis de la récession en 2009. Durant ces dernières années, ils ont créé plusieurs millions d’emplois; le taux de chômage est passé de 12% en 2010 à moins de 5% en 2016. Toutefois dans la vie quotidienne des Américains, la réalité est plus sombre. Une partie de la population active est exclue du marché du travail et le chômage structurel guette des milliers de personnes. Conséquence: baisse du revenu réel médian, érosion du pouvoir d’achat et, in fine, augmentation des inégalités. Bref, la paupérisation guette une partie grandissante de la population. C’est bien celle-ci qui a été séduite par la promesse de Donald Trump de «refaire de l’Amérique une grande nation».

Le président élu héritera d’un marché de travail robuste, d’un système financier assaini, d’un entrepreneuriat dynamique et innovant ainsi que des entreprises ayant du cash. Mais il a aussi son propre manifeste qui vise une croissance de 3,2% par an et la création de 25 millions d’emplois sur dix ans. En voici les points forts.

1. Plan de relance

Donald Trump veut consacrer 500 milliards de dollars aux infrastructures. Arturo Bris, professeur de Finance à l’IMD, haute école de management à Lausanne, estime qu’une telle mesure est bienvenue non seulement pour créer des emplois, mais aussi pour renouveler les infrastructures vétustes aux Etats-Unis. Pour sa part, Eric Dor, directeur des études économiques à l’université catholique de Lille, met en garde contre la résistance de certains dirigeants républicains qui ne voudront pas d’une explosion de la dette et du déficit budgétaire.

2. Cadeaux fiscaux

Donald Trump propose une forte réduction du taux d’imposition sur les bénéfices des entreprises, à 15% contre 39,1% actuellement. Un cadeau de 4400 milliards. «Cette mesure augmenterait la compétitivité des entreprises américaines, dit Arturo Bris. Elle incitera aussi les multinationales américaines ayant leur siège dans des pays fiscalement plus avantageux à rentrer au pays.»

3. Protectionnisme

Donald Trump dénonce les impacts négatifs des accords de libre-échange sur les emplois américains et a promis une renégociation, voire l’annulation de certains d’entre eux. «Pas si facile», déclare Arturo Bris. Dans le cas de l’accord avec le Mexique, ce dernier est certes un grand gagnant. Mais la délocalisation dans ce pays à bas salaires permet aux entreprises américaines de gagner en compétitivité. Eric Dor est plus nuancé. Il estime que le transfert de la production peut déstructurer l’économie américaine. «Je peux comprendre qu’ils se révoltent contre la forte érosion de l’emploi», dit-il.

Lire aussi: Pour Donald Trump, le «Made in China» comme champ de bataille

Dans le même registre, le professeur lillois estime que Donald Trump a raison de contester les pratiques commerciales de la Chine auprès de l’Organisation mondiale du commerce. Le président élu a proposé de taxer les importations chinoises à hauteur de 45% pour protéger les emplois indigènes. «Une telle mesure ne passera pas», dit Arturo Bris. «Pékin peut aussi déstabiliser les Etats-Unis en liquidant massivement les obligations américaines.» L’an dernier, elle en détenait à hauteur de 148 000 milliards de dollars.

Lire également: Pour l’OMC, la menace d’un retour au protectionnisme américain

4. Dérégulation bancaire

Donald Trump a promis d’alléger la régulation bancaire pour stimuler les prêts à l’économie. Selon Eric Dor, ce serait une erreur de revenir à la situation d’avant 2008 qui a donné lieu à l’une des plus grandes crises. Pour sa part, Arturo Bris fait remarquer que la régulation bancaire dépend davantage de la Réserve fédérale que de la Maison-Blanche.

5. Libéralisation du secteur énergétique

Dans son programme électoral, Donald Trump préconise de réduire la réglementation pour stimuler l’emploi minier, pétrolier et gazier. «En théorie, la libéralisation peut aider à renforcer l’indépendance énergétique du pays et faire baisser les prix, explique le professeur de l’IMD. En réalité, les Etats-Unis ne peuvent pas agir de façon isolée en la matière. Toute décision dans ce secteur requiert une concertation, notamment avec les autres grands producteurs.»


Lire également:

Publicité