Le remplaçant de Paul Reutlinger à la tête du pôle français (AOM, Air Liberté et Air Littoral), Marc Rochet, est un vieux routier des restructurations.

Depuis sa nomination le 15 février, il n'a pas perdu son temps. Mardi, lors d'une réunion des représentants du personnel des trois compagnies, il a prédit la fermeture de lignes et la suppression de postes, ainsi que d'autres mesures telles que la re-négociation des accords sociaux pour le personnel au sol, soit une remise à plat de tout ce que son successeur avait tenté de mettre sur pied. Deux fois remercié, une première fois par AOM en 1996 et une seconde en mai par Air Liberté, le français Marc Rochet est revenu à la tête des trois compagnies françaises pour faire le ménage. Baptisé par les pilotes le «chirurgien» de l'aviation française, en référence à ses méthodes de gestion drastique, il entame une opération de réduction des coûts sans anesthésie.

Jusqu'où pourra-t-il tailler dans les activités pour faire redécoller les trois compagnies? Les syndicats craignent le pire. Surtout que du point de vue stratégique, Marc Rochet reçoit une par une les associations syndicales (mécaniciens, personnel navigant, au sol, pilotes et hôtesses de l'air) pour «les diviser afin de mieux régner».

Ainsi, l'intersyndicale du personnel navigant a lancé l'idée, mercredi, d'un «pacte social» qui devrait notamment contenir des mises à la retraite, des préretraites et l'introduction des 35 heures. Cette idée est lancée sans consultation avec les autres syndicats de la profession. «Je suis sceptique sur le terme même de «pacte social», explique Gilles Nicoli, secrétaire syndical CFDT du personnel au sol. Que va-t-il contenir exactement? Un minimum de mesures pour la direction.» Les syndicats sont d'autant plus méfiants qu'ils ont gardé en mémoire, alors que Marc Rochet était président d'Air Liberté, le fait que ce dernier n'ait pas lâché une miette après une grève de 45 jours. Le personnel au sol sera reçu vendredi par la direction. «Nous avons demandé à passer une demi-journée avec la direction et pas une heure comme prévu initialement», explique encore Gilles Nicoli.

Désintérêt

Dans tous les cas, la nomination par SAirGroup d'un Français plutôt qu'un Helvète à la tête de son pôle français est un signe de son désintérêt. «Si le redressement des trois compagnies ne marche pas, ce sera la faute des Français», estiment certains experts. Reste qu'un état des lieux financiers précis devra être bouclé d'ici à la mi-mars et présenté aux actionnaires, qui décideront alors du destin des sociétés.