Entre-Temps…

Quand la politique brouille les cartes économiques

Les mesures protectionnistes américaines sont répliquées à travers le globe. Une inquiétante politisation de l’économie mondiale s’enclenche

Il est fort possible que la prochaine récession – nous en avons eu six globales depuis 1974 – ait une origine politique et non économique. Les marchés sont inquiets. La quantité d’obligations dont la rentabilité est inférieure à zéro vient de dépasser les 12 500 milliards de dollars. Le prix de l’or bat des records, tout comme celui du bitcoin. La Réserve fédérale américaine se dit prête à réduire les taux d’intérêt.

Pourtant en ce mois de juillet, l’économie américaine est entrée dans sa plus longue expansion économique depuis 1854. Le chômage est à son niveau le plus bas depuis 49 ans et les bourses battent des records. Une recherche de la Deutsche Bank a étudié les 34 expansions économiques américaines des 165 dernières années. Elle a trouvé que les quatre derniers cycles d’expansion étaient les plus longs de l’histoire.

La précédente chronique: Ciel, des avions!

Ailleurs, c’est l’inquiétude. Au troisième trimestre de l’année dernière, le Japon, l’Allemagne, l’Italie, la Suède et même la Suisse montraient une contraction de leur économie d’un trimestre par rapport au précédent: une vraie douche froide.

Pourtant le premier trimestre de 2019 fut une bonne surprise. En général il est mauvais. Il y a des intempéries aux Etats-Unis et des soldes en Europe. Il a été sauvé par l’évolution des stocks. Aux Etats-Unis et en Europe, les entreprises les ont accumulés par crainte d’une guerre tarifaire mondiale et, en Europe, en prévision d’un Brexit dur. L’augmentation des stocks fut responsable de près d’un tiers de la croissance.

Meilleure gestion des cycles

La bonne nouvelle est que ces quelques bons chiffres illustrent que nous avons appris à mieux gérer les cycles de l’économie globale. Les entreprises ont une meilleure maîtrise des fluctuations des stocks, de la gestion de la chaîne des valeurs et des technologies qui le permettent. La consommation intérieure résiste assez bien.

La mauvaise nouvelle est que l’économie est de plus en plus influencée par l’agenda politique. Les mesures protectionnistes amorcées par les Etats-Unis se légitiment par la défense de la sécurité nationale plus que par celle de l’emploi. Et tout le monde suit ce mauvais exemple: Chine, Russie, Inde, Turquie, Brésil, et peut-être une partie de l’Europe. L’effet domino s’enclenche.

Autre exemple des arrière-pensées politiques qui polluent l’économie: les tensions sur le détroit d’Ormuz avec l’Iran. Les Etats-Unis ont intérêt à cultiver la crise internationale pour maintenir un prix du pétrole élevé. Sur les 12 millions de barils/jour produits aux Etats-Unis, 8,5 millions viennent du pétrole de schiste.

Le retour des politiciens

Or le pétrole de schiste américain n’est rentable qu’à 50 dollars le baril. En dessous, la plupart des entreprises font faillite. Elles ont investi plus de 100 milliards de dollars en dix ans. Où sont-elles? Au Dakota du Nord, au Nouveau-Mexique et au Texas: trois Etats fortement républicains. Vive les prochaines élections.

Idem pour l’Arabie saoudite et la Russie, qui ont besoin d’un baril à 70 dollars pour équilibrer leur budget. En frappant d’embargo l’Iran, c’est 3,5 millions de barils/jour qui disparaissent, auxquels s’ajoutent les 2,4 millions de barils vénézuéliens. Et tout le monde est content – sauf les consommateurs.

Une des caractéristiques des gouvernements populistes est qu’ils interfèrent systématiquement avec l’économie, les décisions des entreprises, voire même avec celles des banques centrales. Les chefs d’entreprise ont une sainte horreur de voir les politiciens se mêler d’économie. Et pourtant, c’est ce qui va se passer. La politisation de l’économie mondiale va déterminer l’essentiel des prévisions économiques d’ici à la fin de 2019.

Les dirigeants politiques reprennent donc la main sur les chefs d’entreprise qui les avaient marginalisés lors de l’âge d’or de la globalisation. Ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle: rien n’est plus imprévisible qu’un politicien.

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