Jadis numéro un, puis très longtemps numéro deux, Coop passera-t-elle de nouveau devant Migros dans le commerce alimentaire? Si la Commission de la concurrence (Comco) autorise le rachat annoncé de Waro, cela paraît possible. La réalisation de l'affaire renforcerait encore la concentration du marché de l'alimentation suisse, dont les deux «grands» détiennent directement 45% et indirectement bien plus de la moitié des parts de marché.

Coop affiche clairement ses visées expansionnistes, non seulement dans le domaine alimentaire («food»), mais également pour ses marchés brico + loisirs et TopTip (meubles). Or, les terrains bien placés sont rares et l'obtention des permis de construire prend beaucoup de temps. La reprise de Waro, pour un prix non spécifié, lui permet donc d'atteindre rapidement ses buts. Waro, c'est en effet dix centres de 2500 à 5000 m2, quinze supermarchés de plus de 1500 m2, trois «marchés» entre 500 et 1000 m2, ainsi que quinze restaurants et treize stations-service. Ces entités devraient être intégrées au groupe Coop au plus tard une année après l'obtention de l'autorisation du rachat par la Comco.

Vente des magasins Weber?

Les 28 magasins Waro, dont six en Suisse romande, ont réalisé en 2001 un chiffre d'affaires de 656 millions de francs. Ils étaient en mains de la holding familiale Rast, qui détient également Denner – numéro trois de l'alimentaire suisse avec quelque 4% de parts de marché – et Franz Carl Weber. En investissant plus de 100 millions de francs, Rast est en voie de remodeler complètement les 314 magasins Denner, ainsi que l'assortiment de ses 260 «satellites». Cette chaîne, qui mise à nouveau sur la vente au plus bas prix de produits de marque (discount), dégage peu de synergies avec Waro. Après l'annonce de la vente prévue à Coop, on peut d'ailleurs se demander dans combien de temps Rast se défera également des magasins de jouets Franz Carl Weber, pour se concentrer exclusivement sur le «discounter» Denner.

Le grand distributeur français Carrefour ne fait pas mystère de son intention d'étendre ses activités en Suisse au-delà des onze hypermarchés qu'il détient (avec Manora), et qui lui assurent une part de plus de 3% au marché «food». Il était aussi intéressé par Waro mais, contrairement à Coop, n'était pas prêt à reprendre les petites surfaces avec les grandes. C'est du moins l'explication donnée par la direction suisse du groupe. Toutefois, certains observateurs pensent également que du côté de chez Rast/Denner, on avait quelques craintes à voir se renforcer un concurrent misant, lui aussi, sur de très bas prix pour des produits de marque.

Que pense-t-on chez Migros de ce renforcement du concurrent Coop? «Coop mène une politique ambitieuse de croissance par acquisitions. Nous privilégions le développement interne, et avons d'ailleurs laissé son identité à Globus. Tant mieux pour les consommateurs suisses si deux groupes de taille à peu près égale se livrent une vive concurrence, à armes égales», analyse Claude Hauser, président de l'administration de Migros. Il note par ailleurs que l'on ne sait pas si Coop rejoindra vraiment les parts de marché du géant orange, en ajoutant: «L'essentiel n'est pas d'être numéro un ou deux, mais de présenter la meilleure offre possible à la clientèle suisse.»

Concurrence amoindrie

Avec l'intégration de Waro, Coop augmentera encore sa part de marché, qui se situait en 2001 à 21%, alors que celle de Migros (sans Globus) atteignait 23,6%. Ces chiffres n'incluent ni les livraisons «en gros» à des tiers, ni celles effectuées aux restaurants des groupes respectifs. Ce degré de concentration d'un marché essentiel aux mains de deux groupes n'existe dans aucun autre pays développé. En outre, si le commerce de détail non alimentaire s'est progressivement ouvert aux grands distributeurs étrangers, le secteur «food» reste entièrement aux mains des groupes helvétiques, à l'exception de la petite part que Carrefour a pu prendre en s'alliant à Manora. Cela vaut également pour les grossistes importateurs, que de récentes études considèrent comme les principaux responsables du niveau élevé des prix helvétiques.