Environnement

La pollution, un dilemme financier pour les pays émergents

Les entreprises des pays développés exportent leurs activités sales vers des «havres de pollution» où les lois pour la protection de l’environnement sont moins sévères. Une étude démontrant l’efficacité des obligations vertes a été primée vendredi à Genève

Les réglementations anti-pollution sont efficaces, mais elles ne sont pas uniformes dans le monde. Lorsqu’un pays développé renforce ses exigences en faveur de l’environnement, ses entreprises industrielles tendent à déplacer leurs activités polluantes vers des zones où les règles sont moins strictes ou moins strictement appliquées, comme le démontre une étude dévoilée lors du 4e Geneva Summit on Sustainable Finance, organisé vendredi à Genève.

Ce transfert de la pollution, on le retrouve par exemple dans les images de montagnes de déchets informatiques laissés à l’air libre en Afrique. Sous l’alibi d’un recyclage qui ne se fait pas, les composants toxiques polluent les sols et les eaux. Comment en arrive-t-on là? Par le jeu de l’offre et de la demande, explique l’auteur de l’étude, Michael Viehs, de l’Université d’Oxford: «La demande vient des entreprises occidentales, qui veulent éviter la hausse des coûts que provoquerait un assainissement de leurs opérations en Occident.»

En face, des pays émergents font face à un dilemme. Ils peuvent être tentés de maintenir leur faible réglementation environnementale afin d’accueillir des activités industrielles, bénéficier de transferts de technologies et faire progresser leur produit intérieur brut. Quitte à endommager leur environnement.

Toujours plus de pollution à l’étranger

Les quelque 1800 sociétés analysées par le chercheur ont augmenté de 29% leurs émissions de CO2 en dehors de leur juridiction de domicile entre 2008 et 2015. Dans le même temps, elles ont diminué leurs émissions sur leur territoire de 24%, soit 500 000 tonnes de CO2 par société et par an. Globalement, le renforcement des réglementations a provoqué une baisse des émissions de CO2 de 19%.

Mais l’étude ne mesure que les émissions de CO2 directement produites par les activités des entreprises et celles engendrées par la production de l’électricité consommée. «Il manque le troisième niveau, qui représente la partie la plus importante des émissions d’une entreprise, regrette Jean Laville, associé chez Conser Invest et chargé d’évaluer cette recherche lors de la conférence. Il s’agit des émissions provoquées par l’extraction des matières premières achetées par l’entreprise ou par le transport de ses collaborateurs et clients en lien avec ses produits.» Néanmoins, «les résultats présentés peuvent être utilisés par les actionnaires pour ouvrir un dialogue avec les entreprises concernées à propos de leur impact environnemental», conclut le directeur adjoint de Swiss Sustainable Finance, une association qui soutient l’investissement durable.

Les «green bonds» sont efficaces

Récompensé par le prix du papier académique le plus innovant du Geneva Summit on Sustainable Finance, l'étude de Caroline Flammer, de la Questrom School of Business, répond à une question simple: les obligations vertes sont-elles vraiment efficaces? Oui, affirme la chercheuse, qui a analysé 368 emprunts de ce type, dont l’argent doit être investi dans des projets favorables à l’environnement. Les projets financés par ces obligations ont en moyenne réduit de 27,7% les émissions de CO2 par million de dollars investi. On est loin du greenwashing, estime la chercheuse. Qui souligne que les green bonds, qui attirent des investisseurs ayant une vision à plus long terme, sont plus efficaces s’ils sont certifiés par une tierce partie.

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