Une semaine après que l’Espagne a conservé sa couronne européenne, l’heure des comptes a déjà sonné pour l’Euro 2012. Si l’UEFA peut se réjouir de recettes commerciales (vente de tickets, sponsoring, droits TV) qui devraient avoisiner 1,6 milliard de francs, qu’en est-il des retombées économiques pour l’Ukraine et la Pologne?

Pour Michel Platini, les deux pays coorganisateurs peuvent se targuer d’avoir organisé «un tournoi fantastique qui restera à jamais dans nos mémoires». Selon une étude du cabinet britannique Capital Economics, la Pologne aurait toutefois investi près de 25 milliards d’euros depuis 2008 avant de récolter les louanges du président de l’instance européenne du football, soit 1,3% de son produit intérieur brut (PIB) trois ans durant. Des dépenses publiques qui sont avant tout liées à l’amélioration des infrastructures de transport, telles que les autoroutes, les voies ferrées ou les aéroports. Résultat: la Pologne a dopé son économie et enregistré une croissance de 4,3% en 2011.

Du côté de l’Ukraine, qui au contraire de son voisin n’a pas eu droit aux fonds européens pour développer ses infrastructures, les investissements s’élèveraient à quelque 11 milliards d’euros, soit 1,7% du PIB. Quant à la croissance, elle a été de 4,7% en 2011. Pour Marcus Svedberg, chef économiste d’East Capital, un fonds d’investissements spécialisé dans les pays de l’Est, «l’Etat n’aurait cependant dépensé que 5 à 6 milliards de dollars; la plupart des stades ayant été construits avec des fonds privés».

Une carte de visite

En retour, la hausse de la consommation liée à la tenue du tournoi ne représenterait qu’une croissance supplémentaire de 0,3% du PIB en 2012, selon Marcus Svedberg. Soit 1,6 milliard de dollars pour la Pologne et 500 millions pour l’Ukraine. «Si l’on se réfère aux seuls chiffres, l’organisation d’un tel événement n’est pas rentable, reconnaît l’économiste. Mais les retombées économiques doivent être analysées sur le long terme», précise-t-il.

Que ce soit en Pologne ou en Ukraine, «l’organisation de l’Euro 2012 a accéléré la construction d’infrastructures qui, de toute façon, auraient dû être construites un jour ou l’autre», explique-t-il. Surtout, la compétition a joui d’une grande visibilité – 250 millions de téléspectateurs auraient regardé la finale, d’après l’UEFA – et attiré de nombreux visiteurs. Ils seraient ainsi entre 900 000 et un million à s’être rendus en Ukraine. Un peu moins en Pologne. «C’est un formidable outil de communication, observe Marcus Svedberg. Sur les centaines de milliers de supporteurs qui ont fait le voyage, la plupart ne seraient pas allés dans ces pays si leur équipe n’avait pas participé au tournoi.»

Aujourd’hui, tant la Pologne que l’Ukraine comptent sur la publicité que feront ces fans une fois rentrés chez eux pour continuer à remplir les hôtels construits pour l’occasion. A ce titre, «et même si l’avant- tournoi avait été entaché par l’emprisonnement de Ioulia Timochenko en Ukraine et les problèmes de racisme dans les stades, une fois que le foot a repris ses droits, Ukrainiens et Polonais ont fait un très bon travail d’organisation et ont été très accueillants», conclut Marcus Svedberg .