énergie

La Pologne veut exploiter son gaz de schiste et l’exporter en Europe

L’Etat a déjà accordé une centaine de concessions. Le gaz polonais serait une alternative aux importations russes

Alors que des pays d’Europe (France, République tchèque, Roumanie) et des régions (Fribourg, Westphalie) ont décrété un moratoire, voire une interdiction, sur l’exploitation du gaz de schiste par crainte de dégâts environnementaux, la Pologne fonce. Son premier ministre, Donald Tusk, a dit récemment que les réserves découvertes constituaient une chance non seulement pour le pays, mais aussi pour toute l’Europe.

Ce lundi à Zurich, c’était au tour de la ministre d’Etat polonaise aux Affaires étrangères, Beata Stelmach, de déclarer que son pays comptait aller de l’avant avec l’exploitation de cet héritage naturel. Le gaz de schiste est retenu à grande profondeur, jusqu’à 3000 mètres. Son exploitation est considérée comme plus onéreuse en Europe qu’aux Etats-Unis, notamment à cause d’une formation géologique différente. Le gaz est exploité grâce à une technique dite de la «fracturation hydraulique».

«L’Europe a besoin de nouvelles sources de croissance, d’opportunités d’investissement dans l’économie réelle et de renforcer sa compétitivité, a-t-elle déclaré devant un parterre de spécialistes de l’industrie énergétique et de financiers.

Pour justifier la volonté polonaise, la ministre s’est référée longuement aux Etats-Unis «L’abondance de l’offre a fait baisser le prix de gaz à des niveaux comparables à il y a cinq ans, a-t-elle martelé. En 2010, le gaz de schiste a contribué à hauteur de 74 milliards de dollars au produit intérieur brut américain, de 2 milliards au fisc et créé 200 000 emplois directs rien qu’au Texas et en Arkansas.» Selon elle, l’industrie gazière a également donné une impulsion aux équipementiers, qui ont investi des milliards pour fabriquer de nouvelles installations.» Et d’ajouter: «En prime, le gaz de schiste nous offre une certaine sécurité énergétique et nous permet de réduire notre dépendance et celle de l’Europe par rapport à la Russie.»

La Pologne, a précisé la ministre, a déjà fait les premiers pas. Selon les derniers chiffres disponibles, 110 concessions d’exploration ont été approuvées à ce jour. Dix puits expérimentaux sont actifs et 29 autres devraient suivre d’ici à la fin de l’année. Selon le vice-ministre de l’Economie, Piotr Wozniak, 370 millions de dollars seront investis en 2012 dans les travaux exploratoires.

Toute cette effervescence repose sur le fait que le pays dispose de réserves estimées à 5,3 trillions de mètres cubes de gaz, soit l’équivalent de 300 ans de consommation nationale. A présent, le pays se chauffe surtout au charbon et n’a pas d’infrastructures pour la distribution de gaz, mais là, c’est une autre histoire.

La ministre Beata Stelmach en a surtout parlé en termes de produit d’exportation destiné à l’Europe. Elle a enfin vanté la Pologne comme destination de rêve pour les investisseurs. «Le Forum économique mondial nous classe parmi les vingt pays les plus dynamiques au monde, a-t-elle déclaré. L’an dernier, le taux de croissance était de 4,3%; il sera de 2,5% cette année alors que la plupart des pays européens sont plongés en récession.» Elle a aussi signalé que le pays ­disposait d’un réservoir de main-d’œuvre qualifiée dont le coût est cinq fois moins cher que dans le reste de l’Europe.

A présent, le pays se chauffe surtout au charbon et n’a pas d’infrastructures pour la distribution de gaz

Publicité