La progression du marché des ETF, dont la valeur atteint 6700 milliards de dollars ne cesse d’étonner. C’est peut-être «l’innovation financière qui a le plus fort impact sur les marchés financiers du début du 21è siècle», selon une étude d’Itzhak Ben-David, Francesco Franzoni et Rabih Moussawi (Swiss Finance Institute, Research Paper 16-64). Le volume d’activité quotidien des ETF dépasse 36% de celui du marché des actions au premier semestre 2016, bien que la capitalisation des ETF ne représente que 10% du marché, écrivent-ils.

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L’élection de Donald Trump contribue à cette embellie. Les gérants emploient de plus en plus ces produits à des fins tactiques à court terme dans l’anticipation d’une prolongation de l’expansion économique, explique Christian Gast, directeur d’iShares en Suisse, le leader mondial appartenant au groupe BlackRock.

Croissance double de celle de la gestion active

Forts de ses atouts en termes de coûts par rapport aux fonds de placement actifs, la croissance de la gestion passive mondiale a été plus du double de l’année précédente (18% en 2016 contre 8% en 2015) et 4,5 fois plus forte que celle des fonds actifs (4%), selon Morningstar (FT 13.2). Les ETF profitent aussi des piètres performances des gérants actifs. Selon le Financial Times, seul un fonds de placement sur cinq a battu l’indice des actions américaines l’an dernier.

«Les ETF sont attractifs en vertu de leur simplicité et de leur coût, mais ils ne sont pas sans inconvénients. Ils augmentent par exemple la volatilité des prix des sous-jacents et accentuent la corrélation entre ces sous-jacents et l’indice», précise Aymeric Converset, responsable de la gestion quantitative indicielle obligataire auprès de Dynagest, à Genève. L’étude du Swiss Finance Institute citée plus haut avertit que «les problèmes surgissent surtout lors des phases de turbulences des marchés, ainsi que l’a montré le «Flash Crash du 6 mai 2010» (crise grecque). Les participants sortent du marché, la liquidité disparaît si bien que le rendement de l’ETF s’éloigne de celui du sous-jacent, expliquent-ils.

Fonds indiciel ou ETF?

Des considérations techniques amènent parfois l’investisseur à choisir un fonds passif plutôt qu’un ETF. «Les conditions des fonds indiciels sont parfois préférables à celles de l’ETF parce qu’ils sont traités sur la base de la valeur intrinsèque (NAV), établie en clôture. Les conditions de l’ETF, certes traités en permanence durant toute la séance, sont fonction de l’écart entre prix offert et demandé», indique Aymeric Converset.

Mais avec l’afflux de fonds actuel, les géants de la gestion passive sont aux anges. «L’année 2016 a été bonne et l’exercice 2017 a bien débuté», se félicite Bernhard Wenger, directeur de SPDR ETFs chez State Street Global Advisors à Zurich. Ce dernier est le troisième promoteur d’ETF au monde avec plus de 500 milliards de dollars sous gestion. Il commercialise 90 ETF sur le marché suisse avec un effectif de 5 collaborateurs. iShares dispose lui de 110 collaborateurs dans notre pays.

7,1 milliards d’euros se sont ainsi déversés en Europe sur les ETF en actions en janvier, selon les statistiques de Thomson Reuters Lipper. Pour le quatrième mois consécutif, c’est le segment des actions qui a les faveurs de la cote. Les actions attirent plus de trois fois plus de capitaux que les obligations en ce début d’année.

UBS en deuxième position

Ce marché est dominé par iShares, Vanguard et State Street, mais UBS, en janvier de cette année, est parvenu à se hisser au 2è rang des plus forts afflux de capitaux en ETF en Europe, avec 0,9 milliard d’euros, derrière le leader iShares (2,5 milliards d’euros), selon Thomson Reuters Lipper. «Nous avons connu un très bon début d’année», confirme Raimund Müller, responsable des ETF UBS Suisse et Liechtenstein. «La plus forte contribution est venue des actions (globales, européennes et américaines). Dans les obligations, la demande vient principalement pour les titres d’entreprises.

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La concentration se poursuit sur ce marché. 9 des 10 émetteurs qui ont attiré le plus de capitaux en janvier 2017 appartiennent au Top 10 des plus grands gérants en termes d’actifs. iShares est largement le numéro un, également en Europe, avec une part de marché de 46,5%. L’écart est considérable avec Deutsche Bank, le numéro deux en Europe avec 10,8%. Thomson Reuters note que seuls 19 des 47 émetteurs détiennent 1 milliard d’euros d’actifs ou davantage.

Les clients numéro 1 des ETF en Suisse sont encore les grandes banques, mais nous observons un intérêt de plus en plus marqué de la part des assurances

Après une année 2016 marquée par l’afflux de fonds dans les ETF obligataires, «les investisseurs restent friands de ce segment, par exemple de titres émergents en monnaies locales, ainsi que des obligations convertibles et des TIPS, les titres qui offrent une protection contre l’inflation», observe Bernhard Wenger. La clientèle tend aussi à s’élargir. «Les clients numéro 1 des ETF en Suisse sont encore les grandes banques, mais nous observons un intérêt de plus en plus marqué de la part des assurances», constate SSgA. Historiquement, les assurances n’étaient pas friands d’ETF, constate Bernhard Wenger. Le développement des ETF, leur volume, leur simplicité, leur coût les rend attractifs à leurs yeux. Les changements réglementaires devraient également contribuer à la croissance des produits indiciels, par exemple avec l’introduction de la directive MiFiD II en 2018.

Le plus grand potentiel des ETF réside dans leur relative sous-utilisation de la part des institutionnels

SSgA entend, selon Bernhard Wenger, mettre l’accent sur trois catégories de produits passifs en 2017. D’abord les obligations afin d’accroître l’étendue de sa gamme de produits, par exemple dans les TIPS. Les deux autres priorités sont les ETF sectoriels (fonction des différentes branches d’activité), où la société se dit leader, ainsi que les produits smart beta, en l’occurrence sur les actions de sociétés à dividendes élevés et les titres «Value». «Le plus grand potentiel des ETF réside dans leur relative sous-utilisation de la part des institutionnels», avance Bernhard Wenger, «ainsi que dans le développement de ces produits pour le segment conseils («advisory») des banques de gestion.


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