Editorial

Les populistes de la finance

EDITORIAL. Les investisseurs activistes, qui viennent de bloquer la fusion de Clariant et Huntsman après s’être attaqués à Credit Suisse ou Nestlé par le passé, utilisent les mêmes ressorts que les partis populistes. Il ne faut pas leur tourner le dos

Nouveau coup de projecteur sur les actionnaires activistes. Il y a deux semaines, un gérant de hedge fund suisse proposait que Credit Suisse soit scindé en trois entités. Vendredi, un autre fonds alternatif parvenait à faire dérailler le projet de fusion entre le géant de la chimie Clariant et son homologue américain Huntsman. Peu importe finalement que seule cette deuxième opération ait pour le moment atteint son objectif, les entreprises suisses doivent réaliser que l’activisme de leurs actionnaires est dorénavant à prendre au sérieux.

Un activiste est un actionnaire qui a des idées et qui n’hésite pas à faire du bruit pour les promouvoir. Sa stratégie ressemble souvent à celle des partis populistes. L’activiste propose une solution simple à un problème complexe. Il est totalement concentré et mobilisé sur son objectif (par exemple de doubler la valeur d’une entreprise, comme ce fut le cas à propos de Credit Suisse), alors que la majorité des actionnaires est souvent très passive.

L’activiste répète inlassablement son message, en utilisant les médias si nécessaire. Mais il reste souvent plus discret sur les moyens d’atteindre cet objectif simple et désirable (qui ne voudrait pas qu’une entreprise double de valeur?). Certains s’en tirent en claironnant: «Ah, si j’étais aux commandes, les choses se passeraient différemment…»

Longtemps une spécialité américano-américaine, l’activisme financier traverse plus volontiers l’Atlantique pour s’intéresser à des entreprises suisses. Notre pays compte de nombreux leaders mondiaux, solides et bien gérés, donc attractifs pour un actionnaire ambitieux.

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L’activiste n’a pas besoin d’être majoritaire pour exercer une influence. Le fonds qui a empêché la fusion de Clariant est son plus grand actionnaire, mais avec environ 20% du capital de la multinationale bâloise. D’autres sont bien plus petits encore – le gérant qui veut dépecer Credit Suisse est actionnaire à hauteur de 0,2%.

La tentation serait grande de balayer leurs initiatives d’un revers de main. Ce serait une erreur manifeste. Il faut les écouter et les étudier, pour mieux les combattre, mais aussi parce que l’activisme peut apporter de nouvelles stratégies, en démontrant, par exemple, que la direction de l’entreprise fait fausse route ou en la forçant à montrer qu’elle a des idées. Mais également, parce que l’activisme est à diffusion lente.

Annoncée en mai, l’idée d’une fusion entre Clariant et Huntsman a très vite suscité l’opposition du fonds White Tale. Après un nouveau coup de pression en septembre, ce dernier est parvenu à ses fins vendredi. Le faible recul de l’action à la bourse suisse ce jour-là (-0,9%) montre que le marché est plutôt favorable à l’abandon de la fusion. En l’occurrence, un seul activiste a pu véhiculer les idées de la majorité, pour finalement les imposer.


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