Porsche a eu beau multiplier les démentis jeudi, tous les signaux émanant du constructeur de voitures de sports de Stuttgart indiquent qu'il s'apprête à prendre le contrôle du premier constructeur automobile d'Europe, Volkswagen. Le conseil de surveillance de la société contrôlée par les familles Porsche et Piëch a en effet décidé d'inscrire à l'ordre du jour de l'assemblée des actionnaires de janvier prochain une augmentation de capital de 50%, soit environ 8 milliards d'euros. «C'est simplement pour parer à toute éventualité», explique le porte-parole de Porsche.

De fait, Porsche, qui avait pris une participation d'environ 20% en septembre dernier, atteint désormais 27,4%. Le constructeur de Stuttgart a profité de la récente décision d'un groupe d'investisseurs américains, Brandes Investment Partners, qui a réduit considérablement sa participation. Le patron du constructeur, Wendelin Wiedeking, a d'ailleurs été autorisé à aller jusqu'à 29,9%. Au-delà, il lui faudrait faire une offre d'achat à l'ensemble des actionnaires. Le deuxième actionnaire reste le Land de Basse-Saxe (20,8% des droits de vote), où est situé Wolfsburg, la ville siège de VW.

Tout indique que Porsche se renforce en vue de la décision attendue de la part de la cour de justice européenne mettant fin à la fameuse «loi VW», qui permettait de limiter les droits de vote à hauteur de 20% et attribuait une minorité de blocage au Land de Basse-Saxe.

Le président du conseil de surveillance de Volkswagen, Ferdinand Piëch, petit-fils de Ferdinand Porsche, fondateur de Volkswagen et de Porsche, a toujours indiqué qu'il n'entendait pas se mettre à la merci d'un groupe d'investisseurs étrangers.

Deuxième départ

En poussant vers la sortie le patron exécutif de Volkswagen, Bernd Pischetsrieder, soutenu par le deuxième gros actionnaire, le ministre-président de Basse-Saxe, Ferdinand Piëch a fait une démonstration de force la semaine dernière. Le gouvernement de Basse-Saxe veut préserver l'emploi dans sa région et cherche des investisseurs pour faire contrepoids à Porsche au sein de Volkswagen.

Enfin, le groupe de Wolfsburg vient de perdre son grand restructurateur, le patron de la marque VW, Wolfgang Bernhard, entré en fonction l'an dernier. Les relations tendues qu'il entretient avec le nouveau patron du groupe, Martin Winkerkorn, et le fait que celui-ci ait pour mission de resserrer la direction autour de lui, risquaient de lui faire perdre une bonne part de son autonomie.

Au-delà de l'envie de renouer avec la saga familiale, la stratégie de Ferdinand Piëch pour Volkswagen échappe encore aux analystes. Certes, les deux constructeurs automobiles sont complémentaires. Volkswagen est un fournisseur stratégique en pièces détachées pour Porsche. Mais entre le constructeur de voitures de sport, qui accumule les bénéfices avec quelque 96000 ventes par an, et le premier constructeur d'Europe, qui doit encore supprimer près de 20000 emplois dans ses usines allemandes, les différences sont énormes.

Certains analystes pensent que Ferdinand Piëch cherche à construire un groupe mondial couvrant tous les segments de l'automobile, des voitures de sport aux camions, avec une visée sur Scania et MAN.