Les placements dans les devises à haut rendement, comme le dollar américain, sont rapidement devenus la dernière lubie des investisseurs. Pendant la majeure partie de l'année 2005, les courtiers en devises ont accumulé les monnaies à taux d'intérêt élevé des pays du G10 et celles des marchés émergents, convaincus que ces placements dégageront un profit intéressant sur le portage (soit la différence de taux d'intérêt entre les devises à haut rendement et celles à moindre rendement, à l'instar du yen japonais).

Cerise sur le gâteau, les devises à haut rendement s'apprécient généralement par rapport à leurs homologues à faible rendement, permettant ainsi aux courtiers de recevoir un surcroît de rémunération. Certains des intervenants les plus enthousiastes du portage se sont avérés être également les plus influents, autrement dit les gestionnaires des réserves de change en devises des banques centrales.

Relèvement des taux d'intérêt. Cette activité semble pourtant enfreindre l'orthodoxie économique. En théorie, plus le taux d'intérêt lié à une devise est élevé, plus la probabilité d'une dépréciation de la valeur de cette devise est importante. Ce principe n'influence toutefois guère les marchés des changes. En fait, le spectre d'un relèvement de ses taux courts par une banque centrale est désormais considéré comme un appel à investir dans cette monnaie. La plupart des observateurs imputent ainsi la reprise du billet vert au cycle de resserrement monétaire de la Réserve Fédérale entamé l'année dernière. Cependant, tout porte à croire que les cinq devises des pays du G10 affichant le plus faible rendement constitueront un meilleur placement pour les investisseurs en 2006. Actuellement, le groupe des devises à haut rendement englobe le dollar néo-zélandais, le dollar australien, le dollar américain, la livre sterling et le dollar canadien, tandis que celui des devises à faible rendement comprend le yen, la couronne suédoise, le franc suisse, l'euro et la couronne norvégienne.

Selon nos analyses, la baisse des devises à haut rendement et la hausse de celles à bas rendement sont principalement imputables à deux facteurs. Tout d'abord, le relèvement des taux d'intérêt de trois banques centrales des pays du G10. Deuxièmement, le début de durcissement monétaire des banques centrales de pays dont les devises affichent un rendement faible. Le récent relèvement des taux norvégiens remplit le premier critère, tandis que la deuxième condition vient d'être satisfaite par le resserrement monétaire de la Banque centrale européenne au début du mois de décembre.

Cette approche pourrait persuader certains courtiers en devises d'investir dans les monnaies à faible rendement de pays du G10. Qu'en est-il toutefois des autres types d'investisseurs, notamment ceux misant sur le dollar américain? Existe-t-il pour eux une bonne raison d'investir dans des devises à faible rendement? La réponse est affirmative si vous pensez, comme c'est le cas des économistes de Merrill Lynch, que la croissance de la consommation américaine va ralentir en 2006. Or, sur la base de nombreuses études, l'essoufflement de la consommation américaine pèse invariablement sur les devises à haut rendement tandis que ce ralentissement bénéficie aux monnaies à faible rendement.Se protéger des revers de fortune

Dans l'ensemble, les devises affichant des taux d'intérêt bas protègent les investisseurs américains de risques liés à la croissance de la consommation alors que celles présentant un taux d'intérêt élevé les exposent davantage à ces risques. Ainsi, les investisseurs détenant des devises à faible taux d'intérêt sacrifient un modeste potentiel haussier pendant les périodes favorables (appréciation du dollar et hausse des rendements), afin de dégager un profit en cas de détérioration des conditions macroéconomiques.

Autre raison pour laquelle les investisseurs américains pourraient envisager d'adopter cette stratégie: se protéger de revers de fortune des ménages américains, comme d'un plongeon des prix de l'immobilier. L'analyse des données historiques démontre une nouvelle fois qu'un ralentissement du marché immobilier intensifie le scénario de la chute des dépenses de consommation. Cette analyse révèle que, en présence d'un déclin du marché immobilier, la valeur d'assurance des placements en devises à faible rendement est presque une fois et demie supérieure à sa valeur dans des conditions normales.

La raison pour laquelle les devises à taux d'intérêt élevé ont constitué un excellent placement en période haussière est qu'elles présentent un risque beaucoup plus important pendant les périodes baissières. Ainsi le moment est peut-être bien choisi pour investir en toute sécurité.