Internet

Portails d’emploi en ligne: le calme avant l’assaut de Google

Alors que les portails classiques de l’emploi rendent leur plateforme toujours plus ciblée, les géants de la tech tentent de pénétrer le marché du recrutement

Cet article fait partie d’une série consacrée aux meilleurs recruteurs de Suisse réalisée en partenariat avec la «Handelszeitung». Les cabinets de recrutement ont été classés par catégorie, selon un sondage effectué auprès de responsables RH d’entreprise, de recruteurs externes et de candidats.

Retrouvez les classements dans leur intégralité

Les entreprises investissent de plus en plus dans leur image en tant qu’employeurs et recherchent une image de marque globale. «elles publient les offres d’emploi sur leur propre site internet et les diffusent à travers différents médias», observe Davide Villa, directeur général de JobCloud. Cette joint-venture de Ringier et de Tamedia est le portail de l’emploi numéro un en Suisse. Cependant, elle ne se considère plus comme l’opérateur d’un portail d’emploi classique, mais plutôt comme le gestionnaire d’un écosystème pour le placement de personnel numérique. «Nous nous concentrons sur cette tâche depuis des années», explique Villa.

Lire aussi: Les portails emploi dans le tourbillon digital

L’empire JobCloud comprend des sites connus tels que jobs.ch, jobup.ch et JobScout24.ch. Il existe en outre des portails spécialisés tels que ictcareer.ch, financejobs.ch, jobs4sales.ch, medtalents.ch, ingjobs.ch, etc. Ils s’adressent en particulier aux spécialistes dans des secteurs compliqués, car asséchés, comme l’ingénierie, l’informatique, les soins infirmiers ou les métiers de la construction. Il en va de même pour les portails de gestion destinés aux spécialistes et aux gestionnaires tels que alpha.ch et topjobs.ch. Sur toutes ces plateformes, Jobcloud continue de faire évoluer technologiquement le processus de recrutement, afin d’offrir un maximum de plus-value à tous les intéressés. Jobs.ch, par exemple, le site le plus populaire avec 3,3 millions de visiteurs par mois l’an dernier, a lancé un comparateur de salaires. De plus, les profils et les évaluations d’employeurs y ont été affinés.

Moins de dispersion

Une nouvelle approche fréquemment citée dans le placement de personnel est le «Programmatic Candidate Sourcing». Pour cela, Jobcloud utilise le service «Applifly». Les recruteurs peuvent s’adresser automatiquement aux candidats via ce portail et autres canaux numériques tels que portails d’information ou réseaux sociaux. Les clients ne paient qu’en fonction des performances effectives, mesurées par les candidats, les clics ou les leads. Jobcloud innove également avec son modèle Freemium qui s’adresse spécifiquement aux PME: sur Jobcloud.ai, les petites entreprises peuvent diffuser leurs offres d’emploi sur un réseau d’une centaine de canaux numériques.

Dans le sillage de la nouvelle constellation CH Media (née d’AZ Medien et des titres régionaux de la NZZ), des sites d’offres d’emploi jusqu’ici fortement régionalisés comme Ostjob.ch, Zentraljob.ch et Myjobs.ch se sont récemment rapprochés. Ils proposent désormais une diffusion dans l’ensemble de la Suisse alémanique. Selon Frank Wilczek, responsable des ventes de Myjob.ch, ils entendent cependant préserver les vertus régionales grâce auxquelles ils ont marqué jusqu’ici des points face aux grands acteurs.

Il remarque: «Bon nombre de grands prestataires coûtent trop cher et fournissent trop peu. Grâce à notre vision régionale, nous pouvons offrir beaucoup de choses tout aussi bien voire mieux, tout en demeurant moins chers.» L’année dernière, Myjob.ch a encore élargi son offre avec un nouveau lancement: les articles de conseil existent maintenant aussi sous forme de podcasts et d’autres groupes cibles sont approchés grâce à de nouvelles formes de publicité. Un outil de gestion des postulants facilite l’usage du site qui – et c’est unique en Suisse – s’avère en libre accès.

Le patron d’Ostjob.ch, Henrik Jasek, évoque la situation du marché, qui devient de plus en plus complexe. Il pense que c’est justement cette caractéristique qui améliore les opportunités pour les plateformes d’emploi établies, dont la qualité, l’actualité et le service sont reconnus. Il en est convaincu: «De tels sites resteront encore longtemps le principal canal en matière d’offres d’emploi et de recrutement.»

Son site en est la meilleure preuve, comme en témoignent les chiffres: en 2018, Ostjob.ch a augmenté de 20% le volume moyen d’annonces et de 10% le nombre de visiteurs. «Cette jolie évolution est évidemment très liée à la bonne conjoncture en Suisse», admet-il. Mais le renforcement des services aux clients a également contribué à ce succès. «Les clients souhaitent pouvoir, à partir du point d’accès au site, atteindre automatiquement d’autres canaux de groupes cibles (print, médias sociaux, moteurs de recherche, sites d’infos) et optimiser ainsi la visibilité et leur rayon d’action.»

Jobchannel, dans laquelle CH Media possède également une participation, mise sur plus de 100 sites d’emploi spécialisés. Le réseau s’est enrichi l’an dernier de sites spécialisés tels que Mechaniker-jobs.ch ou Handwerker.jobs.ch, de même que de diverses plateformes régionales comme Zuercher-jobs.ch, Berner-stellen.ch, Graubuenden-jobs.ch. L’idée est de s’écarter des grands canaux généralistes victimes d’une forte dispersion en privilégiant une approche spécifique des groupes cibles.

C’est pourquoi Jobchannel passe au peigne fin le marché électronique de l’emploi, y compris les sites d’entreprise, et réorganise l’offre de façon thématique, en fonction des niches professionnelles et régionales. L’objectif est de disposer de l’offre la plus complète dans chaque segment, au prix d’un maniement très simple. «Nous remarquons par le nombre de clics sur les annonces que les candidats à l’emploi apprécient nos plateformes taillées sur mesure pour eux», souligne Cornel Müller, responsable du marketing. En 2018, Jobchannel a enregistré quelque 2,5 millions de clics par mois. La différenciation des services selon les options «long list», «short list» ou «contact direct seulement avec les groupes cibles sélectionnés» a fait ses preuves, constate Cornel Müller.

Sur ce marché désormais fortement consolidé, même si on parle moins aujourd’hui de fusions et d’acquisitions, règne en ce moment un calme apparent. Pas mal de concurrents venus des moteurs de recherche, du commerce en ligne et des réseaux sociaux sont prêts à l’assaut. Tous veulent leur part du gâteau du recrutement de main-d’œuvre. Le plus avancé est LinkedIn: rien que pour la Suisse, ce réseau mondial a posté à ce jour 180 000 profils d’emploi, dont bénéficient les plus de 13 millions de membres de l’espace germanophone.

LinkedIn et Xing s’en mêlent

La fonction «Open candidates» permet aux membres de signaler qu’ils sont ouverts à des offres de recruteurs. «Sur les marchés souffrant d’une forte pénurie de spécialistes, c’est un atout décisif», fait remarquer Julia Christoph de LinkedIn. Qui, tout comme Xing, se profile déjà avec succès dans la recherche proactive de candidats. On ne saurait encore évaluer l’influence de Facebook dans les efforts des petites entreprises de cols bleus pour recruter par petites annonces. Les grandes plateformes d’emploi suisses craignent davantage le débarquement annoncé de Google for Jobs.

Lire également: Grandir avec LinkedIn!

Pour cette nouvelle conquête, le géant de Mountain View dispose d’une situation de départ confortable car, aujourd’hui déjà, beaucoup d’utilisateurs lancent leur recherche d’emploi directement sur Google. «Pour les plateformes d’emploi, il sera donc d’autant plus important de figurer en tête des résultats du moteur de recherche», conclut Davide Villa. Mais comme c’est précisément Google qui est aux commandes, ce ne sera pas simple.


Portails d’emploi en ligne en Suisse romande:

emplois-vaud.ch/,financejobs.ch/fr/,medicalis.ch/fr

Publicité