Le canton de Vaud se réveille. Enfin, pourrait-on ajouter. Trimestre après trimestre, le baromètre conjoncturel de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) et du Département de l'économie (DEC) ne cessait d'annoncer des nuages depuis trois ans. Même quand l'économie suisse amorçait sa reprise au début de cette année, Vaud restait à la traîne, au point qu'on finissait par se demander – en pensant aux mauvais crédits qu'a dû éponger la BCV – si les problèmes n'étaient pas plus profonds qu'avoués jusqu'ici.

C'est donc avec un certain soulagement que l'on prend note d'un net rebond au troisième trimestre 2004, notamment dans le secteur industriel qui représente 41 000 emplois et 2875 entreprises (respectivement 15 et 10% du total). Tiré par la forte croissance des exportations – +6,2% pour toute la Suisse cette année – celui-ci a particulièrement bien performé dans les trois principales branches que sont les instruments de précision, la chimie et les machines. Des acteurs de poids comme Medtronic ou Serono ont influencé favorablement cette évolution, «mais n'oublions pas les quelque 70 entreprises de Medtech qui se débrouillent très bien», précise François de Coulon, économiste au DEC, sans oublier également la forte demande dont bénéficie actuellement l'horlogerie à la vallée de Joux.

Un industriel sur deux voit ses affaires s'améliorer dans les six prochains mois, et la position concurrentielle des entreprises vaudoises s'est améliorée sur tous les marchés – y compris ceux hors Union européenne, ce qui est nouveau. L'indicateur synthétique a progressé de – 26 à +14 et dépasse légèrement la moyenne nationale (+12). Il est aussi nettement meilleur que dans le canton voisin de Genève.

Une embellie sans emplois

Ces bonnes nouvelles étant digérées, passons aux moins bonnes. La plus importante est que, à l'instar de ce qui se passe dans beaucoup de pays développés, l'embellie actuelle ne crée pas d'emplois. Le chômage s'est stabilisé à 5,3% depuis plusieurs mois et ne donne aucun signe de reflux. Seulement 3 à 5% des entreprises s'estiment en état d'engager, tandis que 10 à 15% d'entre elles se considèrent toujours en situation de sureffectif. Les perspectives ont plutôt tendance à se dégrader pour les prochains mois.

Et ce ne sont pas les autres secteurs qui viendront à la rescousse. La construction entame son ralentissement saisonnier, dans une tendance générale néanmoins positive (1107 demandes de permis de construire au 4e trimestre, contre 965 en 2003 et 847 en 2002). Patrick Crausaz, de la Fédération vaudoise des entrepreneurs, dit au passage son souci de lutter contre le dumping salarial – un souci qu'expriment plutôt les syndicats d'habitude.

Quant à l'hôtellerie-restauration, elle a vu son chiffre d'affaires diminuer légèrement de 1,6% au 3e trimestre, six entreprises sur dix jugeant néanmoins leurs affaires meilleures qu'en 2003, ou au moins égales. Les indicateurs sont légèrement supérieurs à la moyenne suisse.

Au niveau régional, les deux entités les plus dynamiques ont été le Nord et l'Est vaudois, bénéficiant d'un effet de rattrapage, de terrains moins coûteux et de nœuds logistiques intéressants.