Le Forum de Davos, 35e du nom, réunira 2250 personnalités du monde politique, économique, culturel et des ONG en provenance de 96 pays du 26 au 30 janvier prochain. C'est un tout petit peu moins qu'en 2004 (2280 participants), mais la qualité est au rendez-vous: vingt-cinq chefs d'Etat sont annoncés. L'attention médiatique se focalisera probablement sur le nouveau président de l'autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le nouveau président ukrainien Viktor Iouchtchenko ou encore le président brésilien Lula da Silva. Côté affaires, 120 patrons des 500 plus grandes sociétés classées par Fortune font le déplacement dans la station grisonne.

Tonalité. L'infatigable Klaus Schwab, qui a repris les rênes du World Economic Forum après le départ successif de deux directeurs (Philippe Bourguignon, puis José Maria Figueres en octobre dernier) qualifie 2005 d'«année du recommencement». Une nouvelle administration américaine et une nouvelle commission européenne se mettent en place, les acteurs changent au Proche-Orient, l'Ukraine tâte de la démocratie. Contrairement aux éditions 2001 (explosion de la bulle Internet), 2002 (post-attentats terroristes), 2003 et 2004 (guerre en Irak), aucun dossier lourd ne pèse sur les esprits, le tsunami asiatique a fait souffler un vent de solidarité sur la planète. C'est le moment ou jamais de rappeler aux acteurs globaux l'interdépendance de leurs décisions, les enjeux de long terme (climat, lutte contre la pauvreté et la corruption) et d'élaborer des réponses communes pragmatiques.

Douze thèmes serviront de fil rouge. Parmi eux, l'évolution récente de l'islam, la globalisation équitable et l'avenir du leadership américain face aux puissances émergentes.

Méthode. Malgré son gigantisme, le Forum de Davos revient aux sources en encourageant l'interactivité (plus de dialogue avec la salle) et le suivi des conclusions. Un panachage de groupes de travail et de séances plénières appuyé par des moyens électroniques sophistiqués («Global Town hall process» en jargon davosien) est mis sur pied pour aboutir à six priorités qui seront largement communiquées, puis nourriront le travail quotidien du WEF qui, au fil des ans, a essaimé en de multiples initiatives ciblées et réunions régionales.

Vedettes émergentes. Davos ne serait plus lui-même si on n'y faisait la cour à quelques chouchous. Le président brésilien Lula da Silva étant presque de la famille, un visiteur courtisé sera Ahmed Mahmoud Nazif. Le premier ministre égyptien vient avec sa nouvelle équipe – «un dream team qui en veut dans ses projets de réformes économiques», disent les organisateurs du Forum – et le Proche-Orient, porté par un espoir de paix, pourrait être la prochaine zone agitant les investisseurs. Le premier ministre turc Recep Erdogan, quant à lui, arrivera auréolé de sa percée européenne et de bons résultats économiques.

Suisse et commerce. Outre le président de la Confédération Samuel Schmid, quatre conseillers fédéraux montent à Davos: Micheline Calmy-Rey, Pascal Couchepin, Hans-Rudolf Merz et surtout Joseph Deiss. Le ministre de l'Economie tentera, comme en 2004, d'y faire avancer les discussions commerciales de l'OMC et profitera de la présence du commissaire européen Peter Mandelson et de l'adjoint de Condoleeza Rice, Robert Zoellick. A noter que sur plus de vingt ministres du G-20 présents, deux sont aux Affaires étrangères, dix aux Finances et douze au Commerce.

«Open Forum». La désormais traditionnelle manifestation publique organisée en marge du Forum se concentre sur l'éthique et pose notamment cette question «post-tsunami» brutale: «Que vaut une vie humaine?» L'occasion de débattre des efforts de reconstruction, de leur efficacité et de la surmédiatisation de certaines catastrophes par rapport à des maux rampants tout aussi coûteux humainement.