Portée par les capitaux chinois, la bourse de Hongkong flambe

Actions La place commune avec Shanghai finit par fonctionner

L’envolée du marché inquiète

Le courtier CLSA l’avait appelé «le train fantôme». Lancée le 17 novembre dernier, la liaison directe entre la bourse de Hongkong et celle de Shanghai n’intéressait jusqu’à cette semaine que les investisseurs étrangers. Ceux de la Chine continentale boudaient ce «Stock Connect» qui leur permet pourtant d’acheter directement les actions des entreprises cotées dans l’ancienne colonie britannique.

Depuis deux jours, la situation a changé. Mercredi, puis hier, le quota maximum de capitaux (10,5 milliards de yuans, soit 1,6 milliard de francs) pouvant venir de Chine a été épuisé. Une première alors que les investisseurs chinois n’en utilisaient souvent pas le tiers.

Résultat, la bourse de Hong­kong connaît une semaine de fièvre d’achats. Porté par des volumes de transactions record (lire graphique), l’indice Hang Seng a gagné 3,8% mercredi, puis encore 2,7% hier. Depuis janvier, il affiche un gain de près de 15%, deux fois la hausse du SMI. Son niveau de clôture flirte avec les 27 000 points, un plus haut depuis 2008.

Mercredi, la bourse de Hong­kong (HKEx) s’est félicitée de cet engouement, preuve que le temps finissait par lui donner raison. Le temps, et un coup de pouce de Pékin. Le 27 mars, les fonds de placement chinois ont été autorisés à utiliser Stock Connect. Le South China Morning Post évalue leur taille totale à 5000 milliards de yuans (787 milliards de francs). La société Z-Ben Advisors estime qu’en janvier et février, 75 nouveaux fonds, spécialisés dans les actions, ont été créés, levant 110 milliards de yuans.

Une fois les interdits levés, les investisseurs peuvent venir réaliser de bonnes affaires à Hong­kong. Les actions des entreprises chinoises y sont en moyenne 30% moins chères qu’à la bourse de Shanghai. Petrochina, par exemple, vaut 40% de moins à Hong­kong. Les analystes voient donc cette ruée des capitaux chinois perdurer. HKEx profite lui aussi cette flambée. Son cours a progressé de 9% hier, propulsant sa capitalisation en tête de toutes les bourses cotées.

L’envolée de Hongkong inquiète cependant. Mercredi soir, HKEx a demandé aux investisseurs de «toujours être prudents, en particulier lorsque le sentiment qui se dégage du marché est positif», parce que cela peut aussi se retourner. Hier, le secrétaire aux Finances de Hongkong a mis en garde les boursicoteurs, en raison de la récente volatilité du marché. John Tsang a appelé les investisseurs à «bien réfléchir» avant de se décider à investir. Le ministre a cependant écarté tout risque de «bulle» parce que la montée des cours s’expliquait par «une série de raisons, dont le retour des investisseurs après les fêtes de Pâques et de Qing mind» ainsi que par l’utilisation par les Chinois du continent de Stock Connect. Ces derniers, qui représentent plus de la moitié du volume du marché des actions chinoises, sont réputés pour investir en bourse sans tenir compte des fondamentaux des entreprises, et parce que l’immobilier n’offre plus les rendements des dernières années. Depuis janvier, le principal indice de Shanghai a grimpé de 21%. Sur un an il progresse de 95% alors que la croissance de l’économie chinoise ne cesse de décélérer.

Dans ce contexte, relèvent plusieurs analystes, l’accès à Hong­kong permet aussi aux investisseurs chinois de diversifier leurs portefeuilles. C’est à ces «amis», frustrés de ne pouvoir investir davantage à Hongkong en raison des quotas destinés à freiner les excès du marché, que Charles Li, directeur de HKEx, a aussi consacré son blog jeudi soir. «Nous devrions tous reprendre notre respiration après ces jours record.» «Ne soyez pas anxieux, soyez patients. Les régulateurs [décideront] de relever les quotas le moment venu. J’ai confiance», a-t-il écrit.

Une fois les interdits levés, les investisseurs peuvent venir réaliser de bonnes affaires à Hongkong