La Chine est déjà la deuxième locomotive économique du monde. Après l'énergie, la croissance de la demande sera portée par les produits de consommation, et plus tard par les marchés financiers. A quel rythme et avec quel impact sur l'économie mondiale? Les économistes de Goldman Sachs y répondent dans une vaste étude sur le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, ce qu'ils appellent le BRIC, soit les quatre premiers marchés émergents.

Ils représentent aujourd'hui 10% de l'économie mondiale. En 2025 ce sera 20% et dans 40 ans ils dépasseront les pays du G6. En 2050, seuls les Etats-Unis et le Japon appartiendront encore aux six plus grandes économies de la planète, explique Goldman Sachs. Même regroupées, la France, l'Allemagne et l'Italie n'occuperont que le quatrième rang. Elles seront dépassées par la Chine, première économie mondiale depuis 2035, les Etats-Unis et l'Inde.

Energie et marchés financiers

Dans un premier temps, la part du BRIC dans la demande énergétique mondiale, qui est de 17% en 2004, va continuer de croître. Le rythme annuel de croissance de la demande énergétique mondiale, qui était de 1,4% ces 20 dernières années, s'accélérera à plus de 2% ces deux prochaines décennies. Dans le pétrole, la part de la Chine passera de 8% aujourd'hui à un pic de 16% dans 25 ans, mais les Etats-Unis resteront les premiers consommateurs de pétrole.

Après l'énergie, la deuxième phase de croissance du BRIC sera soutenue par la consommation. L'augmentation des revenus offrira aux ménages de ces pays l'accès aux produits de consommation durable. Aujourd'hui on compte 16 voitures pour 1000 habitants en Chine. Dans 20 ans, ce sera 137. Ainsi, en 2025, le marché automobile chinois dépassera le marché américain. L'Inde suivra 15 ans plus tard. La Russie pourrait créer la surprise et être l'égale du Japon dans dix ans.

La troisième phase de croissance, beaucoup plus tard, passera par les marchés financiers. La capitalisation boursière du BRIC ne représente que 3,5% du total mondial aujourd'hui. Elle peut arriver à 10% dans 20 ans, sous l'influence de la Chine et de l'Inde, si ces pays développent leurs structures financières. Mais ils ne menaceront pas la place financière américaine avant des décennies, même s'ils peuvent espérer rivaliser avec l'Europe.

Deux conséquences favorables résultent de ces développements. Tout d'abord, la croissance économique mondiale atteindra non plus 3,7%, selon la moyenne des 20 dernières années, mais dépassera la barre des 4% par an, un chiffre qui serait revu à la hausse si des réformes augmentent la productivité dans les pays industrialisés ou dans les pays émergents, et si les pressions démographiques augmentent la durée de la vie active.

La deuxième conséquence sera d'accroître considérablement la classe moyenne dans les pays émergents, ce qui suppose d'augmenter les revenus au-dessus de 3000 dollars par habitant. Goldman Sachs prévoit un doublement de la classe moyenne dans le BRIC ces trois prochaines années. Et, dans dix ans, plus de 800 millions d'habitants issus de ces pays en feront partie. Un nombre qui dépasse la population combinée des Etats-Unis, de l'Europe de l'Ouest et du Japon. En Chine uniquement, la classe moyenne devrait décupler ces dix prochaines années et en Inde être multipliée par 14, tandis qu'elle doublera en Russie et au Brésil.