Porto Rico est bien plus proche de la faillite que la Grèce

Défaut L’archipel des Caraïbes tente de négocier avec ses créanciers pour restructurer sa dette

Son statut hybride de «Commonwealth» l’empêche pour l’instant de le faire

La Grèce n’est pas la seule à éprouver des difficultés pour rembourser ses dettes. Lundi, Porto Rico n’a pu payer que 628 000 dollars d’un prêt de 58 millions arrivant à échéance. Une situation qui pourrait n’être que les prémisses «d’un défaut généralisé», a averti Moody’s dans la foulée. Car, selon l’agence de notation américaine, l’archipel des Caraïbes – territoire autonome bien que rattaché aux Etats-Unis («Commonwealth») – n’a tout simplement «pas les moyens» d’honorer l’ensemble de ses échéances financières.

Le gouverneur démocrate de l’archipel, Alejandro García Padilla, avait déjà prévenu fin juin que son pays ne pourrait pas rembourser ses dettes. Il avait alors annoncé qu’il proposerait d’ici à la fin août un plan pour restructurer la dette de son pays et éviter ainsi «le cercle vicieux de la récession, de l’émigration, de l’austérité et des impôts».

Depuis, Porto Rico tente de renégocier le montant et les échéances de sa dette avec ses créanciers, des fonds de pension américains pour la plupart. En vain. L’un d’entre eux, Oppenheimer Funds, a déjà prévenu qu’il entendait défendre ses droits devant la justice. Dans un rapport de Centennial Group commandité par les créanciers de l’archipel, d’anciens économistes du FMI assurent que restructurer la dette portoricaine serait une erreur. Ils proposent au gouvernement toutes sortes de mesures pour sortir du marasme économique actuel: réformes du marché du travail, réduction du nombre d’enseignants, coupes dans les dépenses de santé, etc.

Selon les observateurs, les maux financiers de l’île trouveraient leur origine, en grande partie, dans une décision du Congrès américain. En 2006, celui-ci a décidé de mettre fin à un système d’exonération fiscale qui avait incité nombre d’entreprises américaines à venir s’installer sur l’archipel. Depuis, les gouvernements successifs ont accumulé les dettes pour maintenir l’économie portoricaine à flot. Sans vraiment y parvenir.

La dette de Porto Rico, qui compte 3,5 millions d’habitants, s’élève désormais à 73 milliards de dollars. Soit 69% du PIB selon Bloomberg (contre 170% pour la Grèce). Quant au taux de chômage, il touche 12,3% de la population active. Au moins 138 000 habitants auraient quitté l’île au cours de la dernière décennie.

Depuis 1898, Porto Rico dispose d’un statut hybride au sein des Etats-Unis. En tant que «Commonwealth», l’île n’est ni un Etat ni une municipalité américaine. Elle n’a ainsi aucune obligation fiscale envers l’Etat fédéral. Mais elle ne peut pas non plus recourir au chapitre 9 de la loi américaine sur les faillites qui permet à une municipalité, à l’image de ce qu’avait fait Detroit en juillet 2013, de suspendre ses paiements sans qu’aucun créancier ne puisse venir réclamer son dû.

Une proposition visant à permettre à Porto Rico de bénéficier du chapitre 9 a toutefois été portée devant le Congrès américain récemment. Mais là aussi sans succès puisque de nombreux parlementaires s’y opposent. Si bien que même le secrétaire d’Etat au Trésor Jacob Lew a dû monter au front: «En cas de statu quo, sans un régime légal qui a déjà fait ses preuves, la solution des problèmes financiers de Porto Rico serait chaotique, longue et coûteuse pour l’archipel mais plus généralement pour les Etats-Unis», a-t-il mis en garde fin juillet.

Dans une note publiée mardi, la cheffe économiste de Crédit Agricole Marie Owens Thomsen rappelle que «la dette portoricaine est en grande partie détenue par des ressortissants américains». Si bien que, selon elle, l’Etat fédéral n’aura d’autre choix, en fin de compte, que de «reprendre l’ardoise à son compte» d’une façon ou d’une autre. En attendant, les prochaines grandes échéances de remboursement pour l’archipel sont prévues pour les mois de décembre et de janvier. Elles s’élèvent à quelque 1,4 milliard de dollars selon Bloomberg.

Les Etats-Unis n’auront d’autre choix, en fin de compte, que de «reprendre l’ardoise à leur compte»