Parfois surnommé la «Grèce des Caraïbes», Porto Rico devait verser lundi 58 millions de dollars de dette contractée par une agence gouvernementale, mais n’en a remboursé qu’une infime partie (628 000 dollars).

Après plusieurs années de récession économique, cet archipel de 3,5 millions d’habitants à l’est des côtes d’Haïti est plombé par des finances publiques exsangues et une dette faramineuse de 73 milliards de dollars.

«C’est, selon nous, la première étape d’un défaut général (du territoire) sur sa dette», a indiqué une responsable de l’agence de notation Moody’s, Emily Raimes, assurant que Porto Rico n’avait pas les «moyens» d’honorer l’ensemble de ses échéances financières.

Si cette décision va avant tout nuire aux entités financières de l’archipel, elle risque aussi d’avoir des répercussions aux Etats-Unis où s’échange la dette portoricaine et pourrait tarir les financements nécessaires à l’économie de l’archipel.

«La porte du financement du gouvernement et des entreprises s’est fermée» aux Etats-Unis, a affirmé à l’AFP José Joaquín Villamil, analyste auprès de la firme Estudios Técnicos, à San Juan, la capitale de l’archipel.

«Les créanciers ne sont pas seulement locaux», rappelle-t-il.

Le gouverneur de l’archipel, García Padilla, affirme préparer un plan qui éviterait «le cercle vicieux de la récession, de l’émigration, de l’austérité et des impôts» et qui devrait être présenté à la fin du mois.

Le taux de chômage officiel a grimpé à 12,3%, plus du double qu’aux Etats-Unis et la crise a entraîné une immigration massive qui l’aggrave encore davantage.

L’origine en est une décision du Congrès américain en 2006 qui a supprimé un système d’exonération fiscale qui avait incité de nombreuses entreprises américaines à s’installer à Porto Rico. Depuis, les gouvernements successifs de l’île ont accumulé de la dette pour tenter de soutenir l’activité.

Les principaux détenteurs d’obligations portoricaines sont les banques et caisses d’épargne locales même si leur survie n’est pas menacée, car elles ont diversifié leurs portefeuilles, souligne José Joaquín Villamil.

Selon lui, le manque de liquidités actuel trouve également sa cause dans une décision de l’assemblée législative portoricaine d’augmenter les taxes sur l’essence, mais sans imposer que les recettes supplémentaires aillent au remboursement de la dette.

Cela aurait notamment permis à l’administration des routes de rembourser une dette de 2,2 milliards de dollars auprès de la banque centrale et éviter qu’elle ne se retrouve aujourd’hui à court d’argent.

L’assemblée portoricaine vient porter de 7% à 11,5% le taux de la taxe sur la consommation, qui est entrée en vigueur au 1er juillet pour accroître les recettes fiscales.

Melba Acosta Febo, le président de la banque portoricaine de développement, bras financier de l’île, a assuré que l’essentiel était désormais de maintenir les services fondamentaux pour la population.

L’Etat fédéral américain a pour sa part exclu tout «sauvetage» financier de l’île qui s’expose aussi à des poursuites en justice de ses créanciers, notamment des fonds de pension américains.

Contrairement à la ville américaine de Detroit, qui avait fait faillite en 2013, Porto Rico n’a pas la possibilité légale de se déclarer en faillite pour restructurer sa dette à l’abri de ses créanciers.

Une proposition de loi lui accordant cette possibilité a été déposée au Congrès américain, mais elle est pour l’heure restée lettre morte.

Porto Rico est un cas à part. Si ses citoyens sont considérés comme ressortissants américains, l’archipel n’est pas considéré comme un des 50 Etats du pays. Ses habitants ne peuvent pas voter à l’élection présidentielle américaine si leur domicile est établi sur l’archipel.

En revanche, ils peuvent voter s’ils s’établissent aux Etats-Unis et le Washington Post affirmait récemment que l’afflux de Portoricains fuyant la crise dans des Etats comme la Floride pourrait contribuer à influer sur le résultat de la présidentielle de 2016.