Thomas Matter avait tout juste 28 ans, en 1994, quand il lança Zurich Financial Products (ZFP), société de négoce de titres qu'il faisait alors fonctionner avec deux collaborateurs en tout et pour tout. Cinq ans plus tard, ZFP rachetait la banque privée August Roth à Zurich et entrait en Bourse sous le nom Swissfirst, avec le statut de banque. Depuis 2000, le jeune financier figure au palmarès des Suisses les plus riches. Il détient 22% des actions de la banque, dont il est le CEO.

Marié, trois enfants, amateur de randonnées en montagne, Matter a fait ses classes en Floride et ses premières armes chez UBS, chez le broker Jeffries, puis un peu plus longuement chez Merril Lynch. Mais il possédait aussi quelques autres atouts. Son père, Peter Matter, ancien bras droit du brillant chef des finances de Roche, Henri B. Meier, siège aujourd'hui dans le conseil d'administration d'EMS. Il représentera bientôt la société de Christoph Blocher dans celui de Lonza, et a également fonctionné au sein de l'organe de surveillance d'une des «Visions» de Martin Ebner. Est-ce un pur hasard si le Conseil d'administration de Swissfirst compte parmi ses membres le conseiller national UDC Hans Kaufmann?

Sans doute le réseau familial de relations a-t-il aidé Thomas Matter à développer les activités de gestion institutionnelle et contribué, en 2002, à son opération de rachat du groupe de presse Jean Frey, puis de revente de l'hebdomadaire Weltwoche à un groupe d'investisseurs comprenant Tito Tettamanti. Cependant, il est en droit de revendiquer son succès pour lui-même. Swissfirst a réalisé en 2001 son meilleur bénéfice, soit 53 millions de francs, et annonce un résultat semblable pour 2002.

Se consacrant en première ligne au négoce de titres suisses et à la gestion de fonds institutionnels, Swissfirst exerce également des activités de private banking depuis plus de deux ans. Si les avoirs de sa clientèle sont encore modestes, s'affichant à environ 3,5 milliards de francs au terme du troisième trimestre 2002, Thomas Matter ne fait pas mystère des visées expansionnistes de la banque. Il estime notamment qu'elle a de l'avenir dans la gestion des fortunes privées. Swissfirst compte actuellement près d'une centaine de collaborateurs, dont 11 gérants de comptes privés, et le CEO affirme que le nombre de ces derniers pourrait doubler sans alourdir pour autant la structure des coûts fixes.

C'est en fait précisément le contrôle rigoureux des coûts qui explique la solidité de Swissfirst: le ratio coûts/ revenus y est de 32%, ce qui est vraiment exceptionnel dans le paysage bancaire contemporain. Thomas Matter lui-même se contente d'ailleurs d'une rémunération annuelle totale de 460 000 francs. Il est vrai qu'il est actionnaire et que tous les autres membres de la direction le sont aussi.