La décision avait beau être attendue à Lisbonne, c'est un coup dur pour TAP, la principale compagnie aérienne portugaise. Alors que SAirGroup vient de décider de rompre formellement sa collaboration avec TAP, cette dernière se retrouve en plein désarroi, à la recherche d'une stratégie pour l'avenir. Certes, le désengagement de l'alliance dont Swissair est le leader – la participation atteignait 34% de l'entité portugaise – est assorti d'une compensation sous forme de prêts. Le groupe se porte en effet garant d'une injection de 8 milliards d'escudos (environ 61 millions de francs suisses), une somme devant aider TAP à négocier de nouvelles alliances d'ici à la fin de l'année. De l'argent frais qui n'a rien de superflu, quand on sait les difficultés financières que connaît la compagnie portugaise. L'an dernier, TAP a enregistré un déficit de 166 millions de francs. Il y a quelques mois, la compagnie a même dû recourir à un emprunt d'urgence de 40 millions d'euros (61,3 millions de francs).

Officiellement, à Lisbonne, on tente avant tout de dédramatiser la situation. C'est ainsi que Jorge Coelho, ministre portugais de l'Equipement, vient d'affirmer, comme pour ne pas perdre la face: «Nous voulons continuer à avoir une compagnie aérienne sur laquelle flotte un étendard portugais.» Et le ministre de refuser le concept de «divorce total». Pour lui, TAP doit se maintenir au sein de l'alliance Qualyfier et conserver des services en commun avec Swissair, comme celui des réservations.

Comme le retrait de SAirGroup était attendu, on sait que TAP a déjà esquissé des solutions afin de rebondir après ce qu'il faut bien appeler un échec cuisant.

Stabilité financière

Dans l'immédiat, il s'agit de consolider les partenariats encore valides, en Belgique ou en Scandinavie, et de travailler sur les marchés allemand, français, anglais, espagnol et italien. A plus long terme, comme vient de le rappeler Jorge Coelho, il convient pour TAP de se doter d'une stabilité financière capable de la maintenir en position de force afin de négocier d'autres partenariats. A l'en croire, le prêt devrait permettre d'évoluer dans une atmosphère de «calme» de «prudence» et de «sérénité».

Ce bel optimisme des autorités lusitaniennes contraste avec la déconvenue qui règne au sein des professionnels du secteur. Une déception à la mesure de l'espoir que le rapprochement avait suscité à partir de 1997, année où se sont ébauchées les premières négociations luso-suisses. Pour Vera Carneiro, président du Syndicat national du personnel de vol de l'aviation civile, il s'agit d'un «accord chiche et triste», ajoutant que, dans l'immédiat, TAP n'a d'autre choix que de demeurer au sein de l'alliance Qualiflyer. Echo similaire du côté de la Commission des travailleurs, selon laquelle, de toute façon, l'entrée de Swissair dans le capital était «précipitée et allait à l'encontre des intérêts de TAP et du pays». D'où, selon cet organe, l'accroissement des pertes financières et le manque d'influence sur les marchés européens. Pour Vera Carneiro, l'avenir passe par une solution plus élaborée, plus réfléchie, et «qui serve à TAP» et pas seulement à Swissair.