La contagion de la crise grecque à d’autres pays de la zone euro est désormais réalité. L’agence Standard & Poors (S & P) a dégradé mardi la note souveraine du Portugal de deux crans, à A– contre A+, assortie d’une perspective négative. Cet abaissement reflète les risques liés à l’économie portugaise dont la dette, y compris industrielle et celle des ménages, s’élève à 236% de son produit intérieur brut.

Cette situation se traduit dans le taux de rendement de la dette portugaise; il a atteint hier le record de 5,5%. Du coup, le Portugal devient le 8e pays le plus risqué de la planète, pire que le Liban ou le Guatemala. S & P souligne que Lisbonne a certes pris des mesures pour redresser ses finances publiques, mais que celles-ci sont insuffisantes. Le Portugal a besoin de 25 milliards d’euros en 2010 pour refinancer sa dette.

Le gouvernement portugais n’est pas resté les bras croisés après la sanction infligée par l’agence de notation. «Nous devons rester calmes et ramener les marchés à la sérénité, a déclaré hier soir le ministre des Finances Fernando Teixeira dos Santos. Comme par le passé, nous ferons ce qui est nécessaire pour réduire le déficit et promouvoir la compétitivité de l’économie portugaise.»

Des titres grecs pourris

S & P a aussi dégradé mardi la note de la dette grecque, la classifiant dans la catégorie non investissable (junk bonds). A ce niveau, en cas de défaut, les créanciers peuvent récupérer entre 30 et 50% de leur mise. Le taux de rendement à 10 ans des titres grecs s’est rapproché hier de 10%, soit presque le double.

Pour le premier ministre grec Georges Papandréou, «l’heure de vérité est arrivée» et le gouvernement doit affronter «la plus grave crise que le pays ait connue depuis le retour de la démocratie» en 1974. Il a affirmé que son pays était incapable de refinancer sa dette sur le marché des capitaux, d’où l’appel à l’Europe et au FMI pour un emprunt à court terme. Le pays a besoin de 9 milliards d’euros d’ici au 19 mai pour honorer ses engagements. Les négociations avec le FMI devraient être conclues le 2 mai avec la signature d’un «stand-by agreement», un document qui fixe les conditionnalités de prêts. Ceux, entre 12 et 15 milliards d’euros, seront déboursés par tranches.

Un accord avec le FMI ouvrira la voie aux prêts bilatéraux auprès des pays de la zone euro pour un montant total de 30 milliards d’euros en 2010. Ces prêts ne sont toutefois pas encore garantis; l’Allemagne vient de poser de nouvelles conditions. Un sommet des chefs d’Etat de la zone euro a été fixé le 10 mai.

L’intransigeance allemande est l’un des facteurs qui ont poussé S & P à dégrader non seulement la dette grecque, mais aussi quatre banques helléniques. Et désormais, malgré les assurances données notamment par la Banque centrale européenne, un scénario d’un défaut de paiement par la Grèce n’est pas exclu.

Les réactions aux sanctions infligées au Portugal et à la Grèce ont été immédiatement ressenties dans les marchés financiers. Les bourses européennes ont connu leur pire baisse depuis janvier. Lisbonne a plongé de 5,36%, Madrid de 4,19% et Paris de 3,82%. Mais c’est la bourse d’Athènes qui a dévissé le plus à –6%. L’euro a clôturé à la baisse à 1,32 contre le dollar.