Les négociations sur l'harmonisation de la fiscalité de l'épargne en Europe ont frôlé l'échec en décembre, mais les Quinze ne jettent pas l'éponge. Le Portugal a promis lundi de faire de son mieux pour sortir les pourparlers de l'impasse d'ici au sommet européen de Porto en juin, qui marquera la fin de la présidence tournante de l'Union européenne que Lisbonne assure au premier semestre.

«Il y a une chance de déboucher sur un accord si nous trouvons un équilibre entre la taxation des entreprises et la fiscalité de l'épargne», a estimé le premier ministre portugais Antonio Guterres à l'issue d'une réunion avec la Commission européenne organisée à Lisbonne pour marquer solennellement le début de la présidence lusitanienne, la France reprenant le flambeau au second semestre. «Nous ferons de notre mieux pour nous conformer au mandat de Helsinki», a assuré le chef du gouvernement socialiste.

Devant l'impasse des négociations lancées il y a deux ans, les dirigeants européens ont chargé en décembre au sommet d'Helsinki – échéance qui avait été fixée pour un accord – un groupe d'experts de haut niveau de présenter des solutions de compromis d'ici à juin. Pour sauver le dossier du désastre, ils sont convenus du principe selon lequel «tous les citoyens résidant dans un Etat membre de l'UE devraient payer tous les impôts dus sur tous les revenus de leurs épargnes».

Sans trop y croire

Si le président de la Commission européenne se montre sceptique sur les chances de sceller un accord d'ici l'été – «je ne suis pas optimiste», a admis hier Romano Prodi –, la présidence portugaise est prête à relever le défi, même si elle ne semble pas trop y croire. Le ministre portugais des Finances, Joaquim Pina Moura, rencontrera jeudi son homologue britannique Gordon Brown à Londres, dans l'espoir de le convaincre de se montrer plus conciliant, le Royaume-Uni refusant farouchement toute taxation des euro-obligations.

La composition du groupe d'experts de haut niveau chargé de relancer les négociations devrait quant à elle être annoncée lors d'une réunion des grands argentiers européens le 31 janvier.

Assurer un bon fonctionnement de l'euro

L'acharnement des Européens sur ce dossier qui interpelle la Suisse – les Quinze souhaitent qu'elle prenne à terme des «mesures équivalentes» pour éviter une fuite des capitaux hors de l'Union – s'explique par leur souci d'assurer un bon fonctionnement de l'euro. Plusieurs pays, France et Allemagne en tête, jugent qu'un certain degré d'harmonisation fiscale est indispensable à l'heure de la monnaie unique. A défaut, la pression fiscale sur le travail continuera d'augmenter: elle s'est accrue de 15% en Europe ces quinze dernières années alors que l'imposition du capital a diminué, dans le même temps, de 7%.

Le Portugal compte également profiter de ses six mois aux commandes des Quinze pour relancer la stratégie européenne en faveur de l'emploi. «Il faut créer les conditions permettant à l'Europe de disposer de l'économie la plus dynamique possible, avec un haut niveau de protection sociale et d'emploi», martèle Antonio Guterres.

Un sommet spécial consacré à l'emploi et prévu les 23 et 24 mars à Lisbonne devrait donner le coup d'envoi de nouvelles initiatives pour relier notamment toutes les écoles européennes à Internet. Il permettra également de lancer une vaste réflexion sur le vieillissement de la population.