Mobilité

Au Portugal, une fiscalité en «or» attire les retraités suisses sur la côte atlantique

Le statut de «résident non habituel» pousse toujours plus d’aînés à s’installer dans le pays lusitanien. Des agences se sont spécialisées dans l’aide à l’acquisition de biens immobiliers

Le Portugal, ses plages ensoleillées, sa gastronomie et… sa fiscalité. Depuis le 1er janvier 2013, les retraités européens qui souhaiteraient louer ou acheter un bien immobilier dans ce pays sont exonérés d’impôts sur le revenu pendant une décennie. A condition d’y vivre plus de 183 jours par an, en vertu du statut de «résident non habituel».
Un exil fiscal accessible pour une bonne partie des rentiers suisses puisque le mètre carré coûte entre 2000 euros, pour une maison de campagne, et 7000 euros, pour un appartement au centre de Lisbonne, selon Cécile Gonçalves, cofondatrice de Maison au Portugal, une agence française spécialisée dans les transactions immobilières qui compte quelques clients helvétiques.
En Suisse, des bureaux spécialisés dans l’aide au changement de résidence fiscale ont aussi vu le jour. C’est le cas de Cindo&Co fondé le 1er septembre à Montreux par Liucindo Abel, un fils d’immigrés lusitaniens. L’ancien conseiller en prévoyance dégaine d’emblée sa panoplie de comparatifs fiscaux et immobiliers: «Au Portugal, il est possible d’acheter pour 5 à 8 fois moins cher. J’ai, en catalogue, une propriété avec un terrain de 25 hectares située à une heure de Lisbonne. Elle coûte 550 000 euros, c’est le prix d’un trois-pièces en Suisse.» Pour Liucindo Abel, il est aussi possible d’économiser quelque 1500 euros de dépenses mensuelles grâce au faible coût de la vie sur place. Le tout, à seulement 2 heures 30 de vol de Genève.
Des avantages qui ont manifestement un impact sur les statistiques du Département fédéral des affaires étrangères. En 2013 – année de lancement du statut de résident non habituel – 173 personnes âgées de 65 ans ou plus se sont installées sur les bords de l’Atlantique. C’est 56 de plus qu’en 2012 et 63 de plus que l’année précédente. Le centre consulaire dénombre actuellement 697 ressortissants suisses – âgés entre 66 et 100 ans – ayant leur résidence au Portugal.
Basé en terres lusitaniennes, l’agent immobilier Cédric Lecler confirme un «intérêt croissant des Helvètes qui représentent déjà 15% de [ses] clients». Le manager du site Livinginlisbon.com organisera prochainement un séminaire en Suisse où il présentera les avantages fiscaux portugais.
L’agence Maison du Portugal complète quelque 70 transactions immobilières par année. Pour faciliter l’intégration de ses clients, elle offre même 20 heures de cours de portugais à l’Institut Camões: «Depuis l’instauration des nouvelles mesures de fiscalité, nous recevons trois fois plus de sollicitations», explique Cécile Gonçalves en énumérant les différentes réformes mises en place par le gouvernement portugais de centre-droit. Outre les retraités européens, d’autres catégories de population peuvent également bénéficier d’avantages fiscaux. C’est le cas par exemple des individus exerçant des professions libérales. Les Extra-Européens qui seraient prêts à débourser 500 000 euros pour un bien immobilier ou à investir un million d’euros dans le pays se voient, eux, octroyer un permis de résidence longue durée, valable dans tout l’espace Shengen. Le fameux «visa doré».
Pour le gouvernement – qui a créé un site dédié aux étrangers, «livinginportugal.com», recensant toutes les informations sur la fiscalité ou l’immobilier du pays – tous les moyens sont bons pour relancer l’économie nationale durement frappée par la crise. Fin 2011, le Portugal recensait 735 000 logements vacants, selon l’Institut national de la statistique. En augmentation de 35% par rapport à 2001. En 2014, un logement sur quatre a été vendu à des étrangers, soit 23 000 maisons et appartements, selon le bilan de l’Association des agents immobiliers du Portugal. Fin juin, 2420 «visas dorés» ont été accordés à des citoyens extra-européens, dont 1 947 à des chinois, suivis des Brésiliens et Russes. Pour un investissement total de 1,46 milliard d’euros, selon les chiffres des autorités portugaises.
Pourtant, un scandale de corruption et de blanchiment d’argent, incluant des hauts fonctionnaires du pays, avait conduit en novembre à l’arrestation de 11 personnes puis au gel provisoire des «visas dorés». Désormais impopulaires parmi la population locale, l’avenir de ces avantages fiscaux est incertain. «C’est la seule part d’ombre, reconnaît Liucindo Abel. Pourra-t-on encore obtenir de tels visas dans 8 ans? Au niveau politique, le Portugal reste toutefois beaucoup plus stable que les autres pays traditionnellement prisés par les retraités suisses comme la Thaïlande.»
En 2014, l’Algarve - région côtière du Sud du Portugal - a été élue comme la meilleure destination pour y prendre sa retraite par le magazine américain International Living, qui établit ces classements depuis 30 ans.

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