Les prochains jours s'annoncent chargés pour Michael Pieper (59 ans). Forbo et Swiss, dont il est respectivement l'actionnaire principal et l'administrateur, seront alors fixés sur leur avenir. Pour Forbo – fabricant de revêtements de sol (45% de ses ventes), de colles (36%) et de courroies de transmission (19%) –, une double actualité marque cette semaine: la publication aujourd'hui de ses résultats 2004 et la tenue jeudi à Zurich de son assemblée générale extraordinaire. Ses actionnaires auront la possibilité de choisir à travers l'ordre du jour entre le statu quo défendu par Michael Pieper et le rachat proposé par la société d'investissement britannique CVC Capital Partners.

L'issue de cette bataille reste pour l'heure incertaine. Même si le propriétaire du fabricant argovien de cuisines Franke semble avoir un coup d'avance, après l'annonce lundi par CVC d'une modification des conditions de son offre publique d'achat (OPA). La société britannique abaisse en effet de 66,67% à 50,01% le seuil d'acceptation de son offre. Cette décision témoigne de sa difficulté à convaincre l'actionnariat.

L'intérêt de CVC, matérialisé par une OPA lancée le 4 mars, remonte à la mi-novembre. Après une procédure d'évaluation approfondie («due diligence»), la société d'investissement propose un prix de 260 francs par action. Ce qui valorise la société à environ 705 millions.

Le dernier mot aux actionnaires

De son côté, Michael Pieper réagit quelques semaines après l'entrée en jeu de CVC. Membre du conseil d'administration de Forbo depuis 2000, il démissionne avec effet immédiat le 7 décembre afin de pouvoir augmenter sa participation (5,02% à l'époque). Il investit dans l'intervalle 170 millions et possède désormais 26% du capital. Très vite, il clarifie sa position. «Il n'est pas question de démanteler Forbo (ndlr: 5600 collaborateurs et 1,62 milliard de chiffre d'affaires), je veux continuer à développer le groupe dans son intégralité», explique-t-il à la fin février dans les colonnes de Cash.

L'industriel soupçonne CVC de vouloir juste réaliser un bon coup financier. Deux rencontres entre les principaux intéressés ne changent rien à la donne. Michael Pieper campe sur ses positions. Dans l'intervalle, le fonds américain Tweedy, Browne (8,8% du capital) et Rudolph Maag (8,1%), président du conseil d'administration de Straumann (fabricant d'implants dentaires), le rejoignent. Ils représentent à eux trois 42,9% de l'actionnariat. Ce qui rend impossible l'objectif de 66,67% du capital que s'était fixé CVC au lancement de l'OPA, d'où l'annonce faite lundi.

Actionnaire remuant, Michael Pieper se met à dos ses anciens collègues du conseil d'administration. Il demande le mois passé l'arrêt immédiat du processus de rachat (LT du 23.03.05). Le conseil, qui affirme n'avoir aucune préférence, répond par la négative. Ses membres entendent laisser le dernier mot aux actionnaires, selon Rolf Watter, son président désigné. En désaccord, This Schneider, membre du conseil et surtout patron du groupe, présente dans la foulée sa démission, selon un communiqué signé par Rolf Watter. Une version démentie par This Schneider, lequel affirme avoir été licencié. Le feuilleton se complique.

Perte prévue en 2004

Pour Michael Pieper, il n'est plus question aujourd'hui de soutenir ce conseil. Au-delà de son retour et de la réhabilitation de This Schneider, il proposera trois autres candidatures jeudi. Il s'agit d'Albert Gnägi (avocat, longtemps au conseil de Selecta et Immuno), Hans-Beat Gürtler (Varuma, auparavant chez Novartis/Ciba) et Rudolf Huber (jusqu'à peu chef des finances de Geberit). Ces hommes lient Michael Pieper et Rudolph Maag, l'autre important actionnaire individuel du groupe, qui disent se connaître seulement via la presse. Rudolph Maag siège en effet au conseil de Varuma et de Geberit. Quant à This Schneider, il a dirigé Selecta avant de rejoindre Forbo au début 2004. Le scénario est prêt. Reste à le valider.

Dans ce contexte, les résultats publiés ce mardi se veulent anecdotiques. Aucune mauvaise surprise n'est attendue. Le 8 mars déjà, Forbo a prévenu d'une perte opérationnelle de 44 millions de francs. Le coût des restructurations engagées par le fabricant explique cette mauvaise performance. Ayant réagi tard à l'implantation à l'Est de ses concurrents, la société souffre surtout dans son principal métier: la fabrication de linoléum (revêtement de sol).