Dans le concert des groupes présents dans le luxe, Hermès se signale par une discrétion allant de pair avec sa structure familiale. Sous cette sobriété se dissimule l'activité d'un groupe qui, au cours de l'an 2000, a fortement progressé dans tous les métiers qui sont les siens: le chiffre d'affaires consolidé s'est élevé à 1,16 milliard d'euros (+25% par rapport à 1999). Une croissance qui a touché tous les secteurs (soie, cuir, parfums, prêt-à-porter, arts de la table, bijouterie, chaussures, gants et chapeaux). L'horlogerie, dans cet ensemble, a progressé de 17%, témoignant d'une montée en puissance qui s'est soldée pour l'année écoulée par la production de 143 000 pièces.

«Notre chiffre d'affaires 2000 est très bon», commente Guillaume de Seynes, directeur général de la Montre Hermès, qui nuance en relevant que la dynamique mondiale actuelle a freiné l'approvisionnement en composants, pénalisant livraisons et commandes. Si, pour Hermès, l'horlogerie s'est fort naturellement inscrite en complément des métiers de base de la maison, son expansion constante amène aujourd'hui la célébrissime marque à développer cette activité sans pour autant prétendre à des volumes de masse, ni d'ailleurs à une croissance par acquisition. «La marque Hermès est très forte, et n'a ni besoin ni volonté de verticaliser. Une option de ce type n'aurait pour seul effet que de la diluer. Par contre, nos axes nous conduisent à donner une valeur ajoutée accrue à nos produits. Nous allons dans le futur souligner encore mieux l'aspect qualitatif de notre activité horlogère, avec un positionnement plus fortement centré sur l'habillage et les mouvements.

Hermès entend s'affirmer encore plus dans son statut d'authentique acteur horloger dans l'avenir, par le biais d'une stratégie orientée sur la sophistication accrue de la technologie mécanique (un bon 10% des ventes), en association avec le style Hermès au service duquel œuvre une communauté regroupant plusieurs créateurs: «Nous vendons aujourd'hui plusieurs milliers de chronographes et de pièces de plongée. Il y a six ans, nous n'avions rien d'aussi spécifique! Nous estimons qu'Hermès est en mesure de relever le défi.» Un défi qui, aux yeux de Guillaume de Seynes. passe inévitablement par une professionnalisation accrue de la force de vente, un enjeu central auquel s'est attelée la Montre Hermès.

Très bon démarrage en Chine

L'orientation retenue tient compte à la fois des spécificités originelles attachées à Hermès soie et cuir, de son activité d'établisseur ainsi que de la demande horlogère des marchés. Guillaume de Seynes: «Nous sommes dans une philosophie de croissance sur tous nos marchés, Europe, USA et Asie. Hermès, sur l'ensemble de sa gamme de produits est en particulier fortement sollicitée au Japon, où nous allons inaugurer la Maison Hermès: un immeuble de 12 étages de l'architecte Renzo Piano situé au cœur de Tokyo.» Parmi les nouveaux territoires explorés, la marque vient de démarrer en fanfare en Chine, «où nous avons ouvert l'an dernier 18 points de vente. Les montres sortent des magasins, nous avons dans ce pays une vision à long terme. Hermès croit à la Chine, nous allons y renforcer notre présence qualitative».

Au vu d'un environnement concurrentiel qui a profondément changé, Guillaume de Seynes estime que la marque sera amenée à mettre l'accent sur différents registres: «Le groupe entend renforcer son réseau propre de distribution, ainsi que le faisceau de valeurs spécifiques à Hermès que sont la qualité et un savoir-faire reconnu.»