La chronique des changes

Positives sur le long terme, les perspectivessur le dollar restent incertaines à court terme

Avant la réunion du Federal Open Market Committee (FOMC), qui a lieu ce mardi et ce mercredi, dont l’issue est une des plus incertaines depuis longtemps, ce début de semaine est déjà tendu pour le dollar. Les premières estimations du produit intérieur brut (PIB) américain pour le premier trimestre (T1) publiées ce mardi devraient évoluer sur un rythme annualisé morose de 1%. Chez les acteurs du marché, les plus pessimistes estiment que les données faibles sont signe de ralentissement de l’économie, cette dernière ne résistant selon eux que grâce au soutien constant de l’assouplissement quantitatif (QE) de la Fed, le dollar fort ne s’étant alors contenté que d’ajouter un peu plus de pression. Les voix plus optimistes estiment quant à elles que la faiblesse est la conséquence de facteurs temporaires, comme l’appréciation du dollar, mais aussi à une météo hivernale très dure et en particulier à un choc puissant visible sur les investissements dans le secteur de l’énergie, concomitant à l’effondrement des prix du pétrole.

Outre les perspectives économiques, un autre risque à court terme pour le dollar est celui de la trajectoire empruntée par le taux dollar/yen. L’inflation japonaise étant redevenue négative ces derniers mois et l’économie du Japon montrant aussi des signes de faiblesse, beaucoup cherchent des allusions plus fortes à un autre cycle d’assouplissement de la Banque du Japon (BOJ). Toutefois, suite au récent rapport du Trésor américain sur les devises critiquant le Japon pour sa dépendance excessive à la politique monétaire, nous ne devons rien attendre du tout cette semaine de la part de la BoJ. J’aimerais bien entendre le premier ministre japonais, Shinzo Abe, envoyer un message fort, affirmer que la politique officielle du Japon n’est pas d’affaiblir le yen, et la BoJ soutenir cette affirmation avec une réunion extrêmement calme cette semaine. Le taux dollar/yen n’ayant rien fait depuis quatre mois, nous pourrions nous trouver face à un fiasco dans les positions longues spéculatives moribondes sur ce taux de change.

Les perspectives sur le dollar restent positives sur le long terme, mais très incertaines à court terme. Nous pourrions voir le puissant billet vert s’affaiblir encore un peu plus après la réunion du FOMC de cette semaine si la nouvelle déclaration de politique monétaire montre des signes d’effritement de la conviction de la Fed sur la reprise. Mais avant cette réunion, les prévisions de hausses de taux de la Fed sont au plus bas. Il sera alors très facile pour la Fed d’insister pour garder toutes les options ouvertes, au cas où les chiffres pour le cycle de données d’avril et au-delà montreraient un net redressement. Je suis quant à moi du côté des optimistes affirmant qu’il y a trop de facteurs exceptionnels dans les éléments entraînant la faiblesse de l’économie américaine au premier trimestre 2015. Des optimistes qui prévoient également que la Fed ne va pas montrer une quelconque inquiétude les jours, voire semaines, à venir. De même, l’assouplissement de la dynamique du dollar au cours des deux derniers mois aide la Fed à maintenir un message plus belliqueux. La monnaie américaine ne signera peut-être pas son retour cette semaine, mais nous n’aurons pas à attendre longtemps sa reprise.

* Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank