Révélée mercredi par Le Temps, la transmission des données de localisation des clients de Swisscom à la Confédération suscite de vives réactions. Sur Twitter, de nombreux internautes manifestent leurs craintes de voir s’établir une surveillance permanente de leurs déplacements. Et par e-mail, trois lecteurs nous ont coup sur coup exprimé jeudi leur incompréhension: des agents du call center de l’opérateur leur ont dit qu’il était impossible de l’empêcher de transmettre leur localisation à Berne. Contacté, Swisscom assure que c’est pourtant possible.

Rappelons que la Confédération demande à l’opérateur de lui dire dès que plus de 20 personnes se trouvent simultanément dans un espace de 100 mètres sur 100 mètres. Cette détection se fait par localisation des cartes SIM, via les antennes de téléphonie mobile. Et tant Swisscom que l’Office fédéral de la santé publique assurent que les données sont totalement anonymisées et agrégées. L’opérateur précise qu’il est possible à chacun de ses clients de lui demander que ses données ne soient pas analysées.

«Ordre de la Confédération»

Les trois lecteurs qui ont tenté jeudi d’empêcher cette transmission d’informations ont échoué. Une lectrice écrit: «En prenant connaissance de ce droit, j’ai contacté Swisscom pour refuser que mes données soient analysées (je reste confinée chez moi et n’ai rien à me reprocher, mais pour des principes éthiques). Après vérification, Swisscom m’a recontactée et m’a dit qu’ils ne pouvaient pas refuser cela, car c’était un ordre de la Confédération.» Un autre lecteur écrit ceci: «La hot-line vient de m’informer que le refus d’autorisation de traitement de ces données était sans effet sur la transmission desdites données à la Confédération.»

Lire aussi: Swisscom aidera la Confédération à détecter les attroupements via les téléphones

Qui dit vrai? «Il s’agit d’une mauvaise interprétation de la situation de la part de certains de nos agents de nos call centers, affirme un porte-parole de Swisscom. Il est tout à fait possible d’empêcher l’envoi des données de localisation. Nous allons le préciser une nouvelle fois à tous nos employés actifs dans nos call centers.» L’opérateur demande par ailleurs d’effectuer soi-même cette opération sur le web afin de laisser les agents des call centers gérer d’autres problèmes.

A faire soi-même

Swisscom recommande donc de faire cette opération de la façon suivante. Il faut se rendre à l’adresse https://www.swisscom.ch/myswisscom puis s’identifier avec son nom (ou numéro de téléphone mobile) et mot de passe. Il faut ensuite, sous l’onglet «Mon profil», cliquer sur «Détails et paramètres», puis sur «Protection des données», puis sur «Gérer l’utilisation des données». Enfin, sous l’onglet «Utilisation pour des tiers», il faut cliquer sur «Smart Data», puis cliquer sur le bouton pour empêcher l’envoi de telles données. A noter que ce n’est pas forcément possible si le numéro de téléphone est géré par sa propre entreprise.

Jeudi, Daniel Koch, de la division des maladies transmissibles de l’OFSP, a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une surveillance, «c’est comme si l’on regardait une carte d’il y a quelques jours, au maximum vingt-quatre heures en arrière. C’est impossible de tracer quelque chose et de décider des actions immédiates.» L’OFSP précise sur son site que «dès que l’ordonnance 2 Covid-19 ne sera plus en vigueur, nous cesserons de recevoir des données».


Le traçage des téléphones à l’échelle européenne

La Commission européenne devrait recevoir «dans les prochains jours» de la part de plusieurs opérateurs de télécoms des données de géolocalisation anonymisées afin d’anticiper les pics de propagation de l’épidémie de coronavirus, a indiqué une source à la Commission.

Le commissaire européen chargé du Marché intérieur, Thierry Breton, s’est entretenu lundi avec les patrons de plusieurs grands opérateurs européens, dont Orange, Telecom Italia, Telefonica et Vodafone, qui se sont dits prêts à partager ces métadonnées. Swisscom n’a pas été contacté. Il s’agit à l’échelle d’une ville de comparer les déplacements de jour avec ceux de nuit. Ces métadonnées, «anonymisées et agrégées», doivent servir au JRC, centre d’étude scientifique de la Commission, qui travaille sur des algorithmes pour analyser la propagation du virus. LT

Explorez le contenu du dossier