La commission a une première explication pourquoi s’envoyer des paquets et des colis-lettres par-delà les frontières coûte en moyenne, dans les 25 pays étudiés sur 40 produits chacun, 471% plus cher dans un cas et 324% de plus dans l’autre, une entrave méchante à l’e-commerce et un obstacle pour le marché digital unique dont rêve l’Europe pour son nouvel élan. Il y a urgence: Amazon a résilié ses contrats avec Royal Mail et la poste française pour faire les livraisons lui-même! Par colis, il faut comprendre les envois de moins de 2kg, en fait, ce sont les colis-lettres aussi, et avec 2 kg, on peut déjà y mettre beaucoup… Avec les 10kg max. pour les paquets, tout ce que l’e-commerce compte s’y retrouvera. Mais si à la cravate dénichée sur eBay à quelque EUR s’ajoute 1 EUR de transport, vous serez refroidi.

Il y a quelques (rares) bonnes raisons pour le différentiel de prix: le «Track and Trace» qui permet de suivre son envoi est plus utile à l’international qu’en domestique: le prix s’en ressent bien sûr. De même, plus le paquet ou le colis-lettre sont lourds, plus les prix sont élevés et ce d’autant plus si les volumes sont faibles et la destination lointaine: le coût pour envoyer un paquet hors frontière ne bénéficie pas des mêmes effets de volume que la lettre qui reste au pays.

Justement, hors frontière mais en Europe, les opérateurs postaux proposent un prix unique pour les colis-lettres. Certains en pratiquent deux. Les opérateurs avec un prix unique ne pratiquent pas des tarifs plus élevés sauf qu’un effet de périphérie se manifeste. La périphérie, ce sont des pays comme le Portugal, les Etats baltes, Grèce, Bulgarie, Roumanie et Croatie et Malte: un paquet envoyé entre ces pays subira des différences de prix plus élevées par rapport à son équivalent domestique. L’explication tient au faible volume qu’on s’envoie entre pays périphériques, ce qu’on imagine aisément entre, par exemple, le Portugal et la Bulgarie qui ont sans doute moins d’affinités culturelles sauf que l’e-commerce n’en a que faire! Cet effet joue surtout pour les paquets car sur les colis-lettres, le prix unique intra-européen lisse les différences. Par opposition aux pays «périphériques», les grands pays, France, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Espagne et Grande-Bretagne, déjà fort «connectés» économiquement, se facturent moins les envois transfrontaliers: c’est à nouveau l’effet de volume pour les envois intra- «grands pays»…

Opérateurs intégrés

Des opérateurs qui peuvent envoyer du courrier à leur filiale à l’étranger qui se chargent du reste proposent des prix plus bas à l’international. Et l’étude de la Commission de citer GLS, la filiale de Royal Mail qui reçoit son courrier à destination de la Belgique ou DPD, dans le cas de la poste française: sans ces portes d’entrée pour l’opérateur postal qui exporte son courrier, celui du pays de destination peut facturer le prix qu’il veut pour traiter le courrier qui lui arrive. Le même mécanisme fut à l’œuvre pour les appels internationaux: les filiales à l’étranger des opérateurs télécoms recevaient le trafic de leur maison mère et l’écoulait directement dans le pays.

Echanges commerciaux (en ligne)

Les opérateurs postaux des pays qui importent beaucoup d’e-commerce octroient des tarifs de terminaison plus bas, vu le volume qu’ils ont de tous les pays émetteurs. Cela a tendance à réduire le prix des colis-lettres à l’international vers ce pays mais l’influence est réduite sur les paquets, dit l’étude car la concurrence joue déjà: le prix est plus proche des coûts marginaux. Une libéralisation précoce du marché postal aura mis la pression sur les colis-lettres domestiques qui auront un prix domestique plus bas, ce qui agrandit l’écart avec les colis-lettres à l’international. Mais cette libéralisation aura aussi contribué à plus de concurrence sur les paquets à l’international, des effets donc contradictoires, comprenne qui pourra. Une libéralisation agrandit donc le différentiel domestique/international sur les colis-lettres mais le diminue sur les paquets! Quant à la distance à parcourir, elle joue plus pour les paquets où la politique du prix unique s’applique moins. Et elle joue en sens inverse pour les colis-lettres à certains égards: les pays avec beaucoup de voisins proposeront des prix plus chers à l’international! Et un pays à forte densité de population verra le prix des envois domestiques se réduire (moins de distance à parcourir) et à cause la politique de prix unique (stable) sur les colis-lettres à l’international va de nouveau agrandir le fossé.

Avec tous ces effets contradictoires, si la Commission veut agir, elle devrait décourager le prix unique intra-européen pour mener à la baisse les prix à l’international en mettant en évidence que oui, il est possible d’avoir moins cher. Elle doit pousser la libéralisation pour baisser le prix international des paquets. Elle doit encourager les opérateurs postaux à établir des filiales à l’étranger comme chevaux de Troie.

– Pour en savoir plus: Econometric study on parcel list prices, Université Saint-Louis Bruxelles, for The European Commission, DG GROW, Brussels, Dec, 2015