«Les employés ont déjà été informés de ce projet. Mardi, nous communiquerons plus largement sur la situation du groupe.» André Mudry, porte-parole de La Poste, confirme la volonté du directeur du géant jaune de vouloir privatiser sa division des envois express, comme l'a annoncé la SonntagsZeitung dans son édition d'hier. Ce changement de statut sera proposé à l'automne au conseil d'administration. Il pourrait être effectif dès le 1er janvier prochain. La nouvelle entité, Expresspost SA, resterait à 100% propriété du groupe. Près de 380 personnes sont concernées.

Enjeu central

La convention collective de travail (CCT) qui s'applique au personnel de La Poste représente l'enjeu central de cette privatisation. «Les concurrents jouissent de conditions plus flexibles que les nôtres en matière d'organisation du travail, souligne André Mudry. Or, sur un marché où la concurrence s'accentue, à la fois de la part des grandes sociétés internationales mais aussi des acteurs de niche, nous devons réagir.» En 2001, Expresspost a enregistré un bénéfice de 6 millions de francs, contre 1 million l'an dernier. Outre une concurrence accrue, le rapport annuel 2002 fait également état «des effets de l'affaiblissement de la conjoncture». «Nous serons dans les chiffres rouges en 2003», tranche le porte-parole.

Le nouveau statut devrait, par ailleurs, permettre au géant jaune de plus facilement nouer des partenariats avec d'autres sociétés, notamment via des échanges d'actions. «Nous serons plus attractifs à la fois en termes capitalistiques et de flexibilité», estime André Mudry.

Les syndicats s'insurgent contre cette privatisation. Vouloir ainsi échapper à la CCT est tout simplement «inacceptable», estime Christian Levrat, président du syndicat de la communication. «La décision n'est pas encore prise et nous allons tout examiner pour pouvoir nous y opposer.» Et le syndicaliste d'avancer de possibles pressions lors la renégociation de l'actuelle CCT qui arrive à échéance fin 2004 pour infléchir la volonté actuelle de la direction. Christian Levrat rappelle en outre que des partenariats ont déjà été noués avec des sociétés étrangères comme le Hollandais TNT Post Group dans ce même domaine du courrier et de la distribution express. «Cette coopération fonctionne très bien sur la base contractuelle. Il n'est pas indispensable de procéder à un accord capitalistique», précise le représentant syndical. Enfin, il déplore une fragmentation de l'offre de services de La Poste alors que les sociétés recherchent une solution globale pour leur courrier.

«Les synergies avec Expresspost SA vont se poursuivre, assure pour sa part le porte-parole de La Poste. Comme c'est d'ailleurs déjà le cas avec les autres filiales du groupe telle Setz SA dans la logistique. L'offre globale sera donc maintenue.»

Sur le plan social, une CCT cadre négociée ce printemps et qui vient d'entrer en vigueur couvre en outre les employés de ses filiales privées. «La Poste reste un employeur qui tient compte de sa responsabilité sociale», assure André Mudry. Le groupe n'en est qu'au stade de l'analyse. Il doit encore affiner son projet. Cependant, la flexibilité recherchée passera par une nécessaire «réorganisation du travail, reconnaît le porte-parole. Il faudra en étudier les conséquences». Du côté des syndicats, ces conséquences semblent évidentes: un alignement sur ce qui se fait chez les concurrents, ce qui revient à un ajustement par le bas.

La Poste exclut pour l'instant tout licenciement. «Il est beaucoup trop tôt pour parler d'un ajustement des effectifs», précise André Mudry qui tient également à rappeler que le renouvellement de la CCT pour le personnel du groupe et la recherche d'une plus grande flexibilité dans le marché express sont deux choses différentes.

Christian Levrat redoute enfin que, si elle réussit, cette privatisation ne soit, à terme, qu'un ballon d'essai préfigurant de nouvelles sorties de la CCT. La Poste préfère attendre de voir comment le projet sera mené à terme avant de pouvoir en envisager un nouveau.