PostFinance est associée au cancre allemand des stress tests européens

Crédits Avec Valiant, Münchener Hypothekenbank supporte le risquedes hypothèques octroyées par la filiale bancaire de La Poste

L’établissement bavarois a dû se recapitaliser cet été

Dimanche dernier, alors qu’était publié le détail des résultats des tests de résistance appliqués à 130 banques européennes, l’on apprenait que, parmi les 25 recalées – celles qui ne disposeraient plus de fonds propres suffisants en cas de sévère crise économique –, figurait Münchener Hypothekenbank (MHB).

Au lieu du ratio minimal requis de 5,5% de fonds propres «durs», l’établissement bavarois finirait l’année 2016 avec un taux de seulement 2,9%. En appliquant le scénario plus modéré, la banque n’obtenait pas non plus la moyenne exigée.

Peu connue ici, MHB est en fait très liée à la Suisse. Avec la bernoise Valiant, elle est le partenaire hypothécaire de PostFinance, par le biais desquelles cette dernière a octroyé 4,6 milliards de crédits immobiliers. Parce que la filiale de La Poste n’a pas le droit d’accorder des hypothèques et des crédits en son propre nom, elle collabore depuis 2008 avec cet établissement, dont le portefeuille hypothécaire atteignait 27,5 milliards d’euros à fin septembre. PostFinance se charge de la conception des produits, du marketing et de la vente des hypothèques, tandis que MHB est responsable du refinancement des crédits octroyés et supporte donc le risque.

Est-elle, dès lors, réellement en mesure de le supporter? Son résultat aux épreuves a en tout cas ému les observateurs, dans une Allemagne qui n’a pas oublié le sauvetage retentissant par l’Etat de l’ancienne voisine de MHB, Hypo Real Estate, dont le siège était alors installé à seulement quelques dizaines de mètres.

En plus, la banque bénéficiait jusqu’alors d’une image plutôt saine. Fondée en 1896 à l’initiative des autorités locales, qui souhaitaient la voir soutenir les petites exploitations agricoles, elle est établie sous une forme coopérative. Elle compte 77 000 membres et emploie environ 500 employés, rappelle la Süddeutsche Zeitung.

Dès dimanche, l’autorité financière allemande et la Bundesbank se sont dépêchées de rappeler que depuis la fin de 2013, date à laquelle les bilans bancaires ont été extraits pour être soumis aux différents scénarios de crise, la banque bavaroise a pris des mesures, en renforçant considérablement son niveau de capital. Suffisamment pour que les lacunes constatées au sortir des tests ne soient finalement que virtuelles. Aucune mesure supplémentaire ne lui sera donc demandée.

En fait, la banque a appris en octobre 2013 seulement qu’en raison de sa taille elle devrait participer aux tests de résistance. Ce changement de catégorie exigeait alors d’ores et déjà un niveau de fonds propres plus élevé que par le passé.

Au 30 septembre 2014, a aussi précisé Münchener Hypothekenbank dimanche, son ratio de fonds propres s’élevait en fait à 12,3%, au lieu des 6,9% pris en compte au début des tests. Ce niveau a été atteint grâce à une récente augmentation de capital de 415 millions d’euros. Ces nouveaux fonds permettent à la banque de sortir indemne des épreuves de résistance.

Financièrement parlant, l’épisode est donc clos. Néanmoins, le dégât d’image est bel et bien réel pour PostFinance, considère-t-on dans son entourage. Ce que réfute net l’intéressée. «Nous n’avons pas eu à faire face à des réactions de clients ou de partenaires, assure mercredi son porte-parole. Nous sommes en contact régulier avec MHB et connaissions la situation, tout comme nous savions ce qui allait advenir au sortir des stress tests.» Et d’insister: «Nous ne nous serions pas aventurés à nous associer à une banque à risque.»

Cette mésaventure intervient en tout cas seulement quelques semaines après que PostFinance a été rappelée à l’ordre par le préposé fédéral à la protection des données. Depuis cet été, l’établissement s’était octroyé le droit de se servir de données des utilisateurs de son e-banking pour renseigner des entreprises tierces contre rémunération. Les clients qui refusaient ne pourraient plus utiliser son logiciel bancaire en ligne. Mais au début du mois, PostFinance a dû faire machine arrière. Ses clients pourront finalement librement choisir si, oui ou non, ils acceptent que leurs données soient utilisées à des fins commerciales. Et cela sans être privés de «e-finance».

L’épisode a ému dans une Allemagne qui n’a pas oublié le sauvetage par l’Etat de Hypo Real Estate, en 2008