Le débat sur la création d'une banque postale lancé à la fin des années 1990 commence à exaspérer les banques cantonales. Leur association faîtière a estimé «étonnant» vendredi, lors de son assemblée générale à Zoug, que les revendications de PostFinance «n'aient pas encore cessé».

Depuis l'an 2000, les levées de boucliers contre le projet se sont succédé. La messe semblait dite en février dernier lorsque le Conseil fédéral s'est clairement prononcé contre l'octroi d'une licence bancaire, mais cette semaine encore, le patron de PostFinance réclamait une licence dans les colonnes de la Handelszeitung. «Restons-en là», a dit au Temps Paul Nyffeler, président de l'Union des banques cantonales suisses (UBCS).

«Pas à l'ordre du jour»

«Les banques Raiffeisen et nous-mêmes constituons une concurrence suffisante et relativement agressive vis-à-vis d'UBS et de Credit Suisse», a-t-il ajouté. N'en déplaise à certains experts, comme le professeur Hans Geiger du Swiss Banking Institute, Paul Nyffeler est d'avis qu'il n'y a pas besoin d'un nouvel acteur. «Il n'est pas concevable que La Poste - et donc la Confédération - assume le risque d'un établissement de taille nationale, d'autant moins si c'est pour assurer le financement croisé d'un monopole étatique», s'insurge le président de l'UBCS. Il concède qu'il serait admissible de faire de Posfinance une banque si ce pôle était totalement scindé du géant jaune. «Mais ce n'est absolument pas à l'ordre du jour.»

Sur le front de la réglementation bancaire, les banques cantonales commencent par ailleurs à émettre quelques inquiétudes. «La tendance était au statu quo ces dernières années», reconnaît Hanspeter Hess, directeur de l'UBCS. Mais la crise des «subprime» va relancer la machine normative.

«Dans ce contexte, il faudra donc veiller à adopter des approches nuancées.» L'UBCS reconnaît que la Commission fédérale des banques (CFB) a prêté une oreille plutôt attentive à ses prières jusque-là. Elle n'est en outre pas favorable à un «resserrage incontrôlé de la vis régulatrice».

Au passage, l'UBCS n'hésite pas à faire la leçon à ceux qui se sont pris les doigts dans les produits titrisés d'hypothèques américaines. «Le degré de couverture en fonds propres doit atteindre un niveau sensiblement plus élevé et ceci non seulement en période de crise ou lors d'un choc», a sermonné Hanspeter Hess. Les banques cantonales sont à ses yeux un exemple à suivre.