C’était prévu tant la Banque nationale suisse (BNS) opère dans un environnement incertain depuis le début de l’année. Elle a enregistré des pertes de 95,2 milliards de francs au premier semestre 2022. A titre de comparaison, elle avait réalisé un bénéfice de 43,5 milliards durant la même période l’an passé. Autant dire que la guerre en Ukraine et la volatilité des prix des matières premières minières et agricoles ont déstabilisé les marchés. Les pertes au deuxième trimestre ont dépassé celles enregistrées entre janvier et mars, qui étaient de 32,8 milliards. «Elles sont en effet plus importantes qu’anticipé, souligne Alessandro Bee, économiste senior au sein de la recherche d’UBS. Mais elles restent dans la plage estimée; ce qui est extraordinaire, c’est que les marchés actions et obligations ont les deux évolué dans le négatif au premier semestre 2022.»

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Le résultat de la BNS dépend principalement de l’évolution sur les marchés de l’or, des changes et des capitaux. Les positions en monnaies étrangères ont reculé de 97,4 milliards de francs. Le produit des intérêts et celui des dividendes se sont inscrits à respectivement 3,3 et 2,3 milliards de francs. Les titres porteurs d’intérêts et les instruments sur taux d’intérêt ont enregistré une perte de cours de 48,7 milliards; les titres et les instruments de participation accusent, eux, une perte de 44 milliards. Côté change, le déficit s’élève à 10,3 milliards.

Des provisions «bien dimensionnées»

En ce qui concerne l’or, la BNS n’en a pas fait d’acquisition récente. Le stock n’a pas changé de volume depuis l’an passé et a généré un surplus de 2,4 milliards de francs. Fin juin, le prix d’un kilogramme du métal jaune s’établissait à 55 836 francs, contre 53 548 francs, fin 2021.

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Quelles sont les implications de ces pertes? Dans une étude publiée mi-juillet, la banque UBS avait indiqué que si elles devaient perdurer durant la seconde partie de l’année, les contributions faites par la BNS à la Confédération et aux cantons seraient remises en cause. Pour Arthur Jurus, stratégiste senior de la banque ODDO BHF à Genève, la BNS anticipe ce genre de correction, ce qui crédibilise sa politique de créer des provisions. «Celles-ci sont plutôt bien dimensionnées et lui permettront d’honorer ses engagements», déclare-t-il. Par ailleurs, selon lui, les pertes ne sont pas définitives car nous ne sommes qu’à la moitié de l’année. Elles seront déjà moins importantes en juillet en raison de la hausse des marchés actions américains de 7% et de la baisse des taux – les allemands ont été divisés par deux.

«En temps normal, les bénéfices sont distribués selon des règles établies avec la Confédération, renchérit Alessandro Bee. En ce qui concerne 2023, il est trop tôt pour prendre des décisions. Tout peut arriver au second semestre.» Et d’ajouter: «Ce n’est pas une position confortable pour les cantons. Si j’étais le ministre des Finances de l’un d’entre eux, je ne mettrais pas la contribution de la BNS au budget 2023.»

Un risque de pertes accru

Il y a deux semaines, la BNS faisait remarquer au Temps que depuis le début de la crise financière en 2008 son bilan a considérablement augmenté. «Cet accroissement a effectivement permis d’améliorer le potentiel de rendement absolu, mais le risque de pertes s’est aussi accru, soulignait-elle. Elle peut donc enregistrer un bénéfice une année puis une perte l’année suivante. Dans tous les cas, elle ne verse jamais toute la partie distribuable en une fois, mais vise au contraire une constance des versements.»

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Selon Alessandro Bee, il n’y a aucune raison de paniquer. «Les pertes du premier semestre 2022 ne modifient pas les perspectives à long terme, affirme-t-il. Le potentiel de profitabilité des divers portefeuilles de la BNS reste intact.»