Les réorganisations continuent dans la chimie. Le groupe britannique Imperial Chemicals Industries (ICI) a poursuivi jeudi son retrait de la chimie industrielle et de la pétrochimie en vendant pour 2,8 milliards de dollars d'actifs à l'américain Huntsman. ICI, qui a entrepris ces derniers mois un programme de réduction de sa dette, annonce par ailleurs la mise en vente de sa division acrylique. C'est une surprise puisque cette unité était jusqu'ici considérée comme appartenant au cœur de métier du groupe.

ICI va vendre à Huntsman l'ensemble de ses activités dans les polyuréthanes et le dioxyde de titane ainsi que certaines activités pétrochimiques (arômes, hydrogènes, logistiques). Ces activités ont réalisé au total en 1998 un chiffre d'affaires de 3,25 milliards de dollars pour un bénéfice d'exploitation de 195 millions. ICI poursuit ainsi son recentrage sur la chimie de spécialité et les peintures qui avait commencé avec le rachat d'une filiale d'Unilever en 1997. «Le groupe est un peu en retard sur son programme de désengagement qui vise à asseoir une nouvelle stratégie et réduire sa dette qui atteint 6,4 milliards de dollars», relève Frédéric Lorre du cabinet Eurostaf à Paris. ICI conservera une part de 30% dans la filiale créée spécialement par Huntsman pour racheter les sociétés concernées, ainsi que des titres de dette représentant au total 300 millions de livres.

«La spécialisation par métiers se poursuit, analyse Michel Thierrin de Bordier & Cie. Contrairement au secteur pharma, la chimie voit peu de fusions spectaculaires entre grands groupes. C'est plutôt un partage de rôles par spécialité qui s'installe.» Charles Miller, directeur général d'ICI, a souligné jeudi que l'opération visait à «concentrer les ressources sur les performances et la croissance des activités dans les peintures et la chimie de spécialité de haute qualité». «La cession va permettre à ICI de réduire de 1,3 milliard de livres (produit net de l'opération) sa dette», calcule Michel Bernheim, de Ferrier Lullin & Cie.

Le dirigeant de ICI a réaffirmé son intention de poursuivre la vente de la chimie industrielle du groupe pour mieux investir dans le développement de ses deux métiers principaux à la fois par croissance interne, par acquisitions et partenariats. La cession à Huntsman porte à 8,4 milliards de dollars le montant brut total des cessions réalisées par ICI depuis mai 1997. Le groupe a déjà vendu 40 filiales.

«C'est la grande tendance, souligne Michel Thierrin. Les sociétés quittent la chimie de base qui offre peu de rentabilité pour se tourner vers des spécialités. On peut dire que les nouveaux groupes font de moins en moins de la chimie et de plus en plus de véritables produits.» Ce qui n'est pas sans conséquence. «Deux problèmes se posent sur le marché, note Michel Bernheim. D'abord, il devient difficile de trouver des acheteurs pour des entités actives dans la chimie de base. Ensuite, les prix de vente des sociétés spécialisées atteignent des seuils très élevés.» Unilever, qui avait dégagé une somme rondelette de la vente de sa division chimie à ICI en 1997, n'a pas trouvé de cibles à un prix décent. Résultat, la multinationale a annoncé le mois dernier qu'elle distribuerait ce butin à ses actionnaires.

La transaction annoncée jeudi permet à Huntsman de quasiment doubler sa taille. Après l'intégration des actifs de ICI, elle affichera un chiffre d'affaires de 7,5 milliards de dollars pour 16 000 employés. Première société chimique non cotée américaine, elle va renforcer sa présence en Europe. La firme de Salt Lake City cherche à grandir pour faire face à des concurrents beaucoup plus importants qu'elle, comme BASF ou DuPont. «Huntsman pourrait bien avoir réalisé une bonne opération», selon Mathieu Berger de Lombard Odier & Cie qui estime peu élevé le prix d'acquisition.

A Londres, l'action ICI restait stable. Les opérateurs faisaient remarquer que la participation de 30% d'ICI dans la nouvelle entité laissait le groupe exposé aux aléas d'un marché dont il a pourtant souhaité se retirer.