Google cède. Poursuivi en justice par l'Agence France Presse (AFP) pour utilisation abusive de son contenu, le moteur de recherche le plus consulté sur Internet a annoncé la disparition imminente de textes et de photos de l'agence sur son portail Google News. Satisfaite de cette décision, l'AFP compte tout de même obtenir 17,5 millions de dollars de réparation devant un tribunal américain.

Dans un document de 19 pages disponible sur le Net, l'AFP adresse deux reproches à l'encontre de Google News, le portail d'information lancé en 2002, qui compile des nouvelles issues de 4500 sites de presse. D'abord, l'agence accuse Google de reproduire sans son autorisation des dépêches. Il ne s'agit pas des nouvelles dans leur intégralité, mais des titres, sous-titres et des premières lignes du texte. L'AFP n'accepte pas non plus que figurent sur Google News ses photos, même en taille réduite.

Pour illustrer sa plainte, l'AFP a reproduit deux exemples, l'un concernant le site du Financial Times, l'autre celui de la Tribune de Genève. Dans ce dernier cas figure sur Google News une photo AFP de José Luis Rodriguez Zapatero issue du site www.tdg.ch à côté du début d'article du Monde. Raison pour laquelle un représentant de l'AFP accusait hier Google dans les colonnes du Figaro de «déstructurer le contenu de l'AFP, sans jamais avoir obtenu le moindre accord avec l'agence».

En résumé, l'AFP refuse que Google utilise à sa guise ses textes et photos sur son portail d'information. Par contre, l'agence de presse ne reproche pas à Google de diriger les internautes de son portail vers les sites qui achètent du contenu à l'AFP et le mettent à disposition gratuitement des internautes. Google a rapidement réagi en promettant de faire disparaître les textes et les photos de l'AFP de son portail. Seuls seront maintenus les titres. Un porte-parole de la firme californienne a rappelé que n'importe quel site pouvait demander à être retiré de Google News, une opération qui ne prend que quelques heures.

Spécialiste des moteurs de recherche et animateur du site abondance.com, Olivier Andrieu ne cache pas sa surprise. «J'ai de la peine à comprendre pourquoi l'AFP engage de tels moyens, alors qu'une simple demande auprès de Google aurait suffi. L'agence de presse agit peut-être ainsi pour une question de principe. Ou peut-être voudra-t-elle lancer bientôt son propre portail d'information.»

La motivation pourrait aussi bien être financière, l'AFP ayant récemment rappelé que, pour leurs portails d'information, tant Yahoo! que Wanadoo avaient, au contraire de Google, signé un contrat avec elle.

Aujourd'hui encore en phase de test, Google News, qui a attiré 5,9 millions d'utilisateurs le mois dernier, pourrait à l'avenir accueillir de la publicité. «Google voudra certainement rentabiliser cette audience. Et à ce moment-là, les fournisseurs du contenu voudront assurément avoir leur part du gâteau», prédit Olivier Andrieu.

L'AFP prépare donc sans doute le terrain à cette bataille. En attendant, les sites d'information risquent d'être les grands perdants de son initiative. Leurs dépêches AFP ne seront plus mises en valeur sur Google News, un portail qui leur permet justement d'obtenir une grande partie de leur trafic, et donc de la publicité.