Votations

La poussée de la droite sous la Coupole émoustille l'économie suisse

Le nouveau visage de la Chambre du peuple laisse certains milieux professionnel dubitatifs. Entre espoir et défiance, quelques associations faîtières se montrent toutefois plus tranchées

Le mouvement à droite enregistré ce dimanche a surpris par son ampleur. Le camp bourgeois, avec une prédominance des forces conservatrices, eurosceptique et critique envers l’immigration, a obtenu la majorité absolue au Conseil national: 101 députés sur 200 sièges. Est-ce stimulant ou au contraire navrant pour l’économie suisse? Le Temps a posé lundi la question aux milieux patronaux et syndicaux du pays. Petit florilège.

«C’est encore trop tôt pour affirmer si la nouvelle configuration parlementaire sera plus favorable ou davantage opposée à nos intérêts et dossiers brûlants [ndlr: fiscalité, initiative Matter sur la protection de la sphère privée, etc.] que la législature précédente», affirme Daniela Flückiger, porte-parole de l’Association suisse des banquiers (ASB).

Rapports de force plus tendus

Pour les organes de défense des travailleurs, la situation pour ces quatre prochaines années semble plus tranchée: «Ce ne sera certainement pas plus facile de faire passer nos thèmes [ndlr: libre circulation, protection salariale, réforme de l’âge de la retraite et de la prévoyance sociale, etc.] que par le passé», estime Vania Alleva, présidente d’Unia, le plus grand syndicat du pays. D’après elle, le positionnement du PLR sera décisif. «À savoir, notamment, choisira-t-il de renforcer la place industrielle, l’emploi et les mesures d’accompagnement ou de s’associer aux campagnes xénophobes de l’UDC, dommageables pour notre pays.»

Economiesuisse se dit satisfait du virage à droite.

Economiesuisse, de son côté, se dit satisfait du virage à droite: «Globalement, cela redonne l’espoir d’une politique économique plus libérale. Sous réserve d’un basculement de formations au Conseil des Etats, la nouvelle donne parlementaire sera favorable aux dossiers tels la prévoyance professionnelle, la réforme de la fiscalité des entreprises ou la stratégie énergétique», résume sa directrice romande Cristina Gaggini. Qu’en est-il de la mise en œuvre de la votation du 9 février contre l’immigration de masse? «C’est une question plus sensible. Mais il faut respecter la décision du peuple. À savoir, réguler, sans toutefois dénoncer nos liens avec Bruxelles. Je note par ailleurs que plusieurs élus UDC ont rappelé leur attachement aux bilatérales.» Ce qui fait dire à Fredy Greuter, de l’Union patronale suisse, qu’il il est d’autant plus nécessaire que les partis bourgeois travaillent davantage ensemble.

L’Union suisse des arts et métiers (USAM) s’est aussi réjouie lundi de l’issue du scrutin. «Le camp bourgeois s’est renforcé. C’est une condition essentielle pour les dossiers en suspens», a rapporté à l’ATS le directeur de l’organisation de défense des PME Hans-Ulrich Bigler.

Attentes sur le marché intérieur

Même son de cloche de la part de la Société suisse des entrepreneurs (SSE). «Notre branche est fortement axée sur le marché intérieur. Les exportations et la politique internationale représentent pour nous une moindre priorité. Ce virage à droite au Parlement est donc une évolution positive. Nous sommes confiants que l’excès de lois observé lors de la législature précédente ne se poursuivra pas, de sorte qu’une marge de manœuvre à nouveau plus grande sera octroyée à nos entreprises», souligne Gian-Luca Lardi, président central de la SSE. Même discours chez Swissmechanic, soucieux du franc fort tout en appelant à une réduction de l’appareil étatique et des régulations.

Pour Swissmem et Travail. suisse, la situation générale suite aux votations de ce dimanche ne s’est pas fondamentalement modifiée. La faîtière de l’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux chantiers déplore l’évolution «dans la mauvaise direction» de certains chantiers législatifs entre 2011 et 2015. «Quelque 80% de nos membres considèrent les bilatérales importantes, voire essentielles à leurs activités. S’il faut donc limiter l’immigration, c’est de manière constructive, soit avec des plafonds de contingents annuels raisonnables. Concernant RIE III, nous prônons une mise en œuvre rapide, dans le sens notamment d’allégements fiscaux liés à la recherche et au développement», énumère Philippe Cordonier. Et le directeur romand de Swissmem de conclure: «Il faut absolument que la Suisse rejoigne l’accord transatlantique actuellement négocié entre les États-Unis et l’Union européenne et qu’elle ouvre des pourparlers bilatéraux avec Washington. Avec la victoire des partis bourgeois, les chances que cela se réalise sont bonnes.»

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