Les managers ne prennent plus conscience de leur pouvoir et n'assument plus leur responsabilité sociale. C'est la conclusion à laquelle parvient l'institut zurichois Gfs à la suite de son enquête réalisée auprès de 62 chefs d'entreprise, pour le congrès annuel de la Société pour la recherche pratique en sciences sociales.

La thèse de départ de cette étude était la suivante: les directeurs d'entreprise actuels ne sont plus conscients de leur pouvoir et négligent leur part de responsabilité sociale. Interrogés sur leur taux d'adhésion à cette hypothèse, 58% des managers ont convenu que cette affirmation était tout à fait réelle, 24% d'entre eux ne se sont pas prononcés, et seuls 18% ont déclaré que ces propos ne tenaient pas la route. Les plus convaincus par cette affirmation se révèlent être également ceux qui ont le plus de pouvoir, donc ceux qu'elle concerne particulièrement. Comme pour se dédouaner, les chefs d'entreprise interrogés jugent leur pouvoir relativement faible (moins de 3 sur une échelle allant de 1 à 5), et cela tant au niveau de la politique locale ou nationale que vis-à-vis des organisations économiques.

Paradoxalement, les interrogés considèrent que des considérations éthiques sont absolument compatibles avec leurs objectifs économiques, et que cette préoccupation n'est pas qu'un simple phénomène de mode.

«Ce qui frappe, c'est la différence entre ce qu'ils proclament et ce qu'ils font, mais pour tout dire, nous nous y attendions un peu», avoue Andreas Schaub, responsable de projet pour la Société pour la recherche pratique en sciences sociales. Dans les faits, les managers interrogés ne visent que des objectifs à court terme et accordent finalement peu de temps et de soutien financier à des engagements caritatifs. En réalité, ils considèrent plutôt leur entreprise comme une communauté de logements, où chacun vient et s'en va sans buts communs plutôt que comme une famille où les gens sont fortement liés et responsables les uns envers les autres. S'ils se disent convaincus de leur responsabilité sociale, ils attendent surtout que les autres réalisent ce beau programme.