«Nous pouvons nous contenter de 7% de croissance»

Défenseur du marché au pays de l’économie planifiée, Zhang Weiying est professeur d’économie à l’Université de Pékin et une des figures du débat économique en Chine.

Le Temps: L’économie chinoise va-t-elle subir un atterrissage en catastrophe, comme le redoutent de nombreux économistes, à l’instar du Prix Nobel Paul Krugman? Zhang Weiying: Un crash? Non, je ne le crois pas. L’économie risque de traverser des crises, mais elle peut se contenter d’un taux de croissance de 7%. Cela suffit à créer des emplois, pour autant que la qualité de la croissance soit bonne. Hélas, en réponse au ralentissement, le gouvernement a réagi avec des mesures de relance qui ont produit des distorsions, non seulement sur le marché immobilier, mais aussi sur l’état d’esprit. Les entrepreneurs sont plus sur la défensive face à cette montée de l’Etat. Je l’ai dénoncé à plusieurs reprises, dès 2009.

– A Dalian, le premier ministre Li Keqiang a promis de donner plus de pouvoir au marché. Lui faites-vous confiance?

– Je le connais. Il a reçu une bonne formation en économie, et il a de bonnes idées. Cependant, j’ignore s’il aura suffisamment de pouvoir pour les appliquer.

– Et le président Xi Jinping?

– Pour ce qui est de ses idées, je suis moins sûr. En revanche, c’est un homme fort. A eux deux, ils pourraient réaliser des choses et exploiter le grand potentiel du pays. Aucun autre Etat du monde industrialisé ne dispose d’un aussi grand marché. Si les entrepreneurs ont les moyens de l’investir, de créer de nouveaux produits, l’économie continuera à se développer. Pour oser se lancer, ils ont besoin d’un cadre, et en premier lieu d’un Etat de droit qui applique la loi.

Les politiques qui profitent aujourd’hui du système risquent de tout faire pour bloquer ces réformes…

– La corruption est tellement grave qu’elle va effectivement rendre les réformes difficiles. Certaines personnes ne seront pas du tout contentes. Parler des réformes reste facile, les mettre en œuvre requiert beaucoup de talent.

– Pourquoi la planification, qui a apporté trente ans de croissance à 10% par an en moyenne, ne pourrait-elle plus le faire?

– Une économie planifiée peut réussir à ses débuts lorsqu’elle part de presque zéro. Dans les années 1980 et début 1990, nous manquions de tout. La demande était toujours supérieure à l’offre. Aujourd’hui, la situation a changé. Pour écouler un produit, il faut lui trouver un marché. Avant, il suffisait d’être courageux pour s’enrichir. Désormais, il faut en plus développer certains talents, comprendre ce dont les consommateurs ont besoin, anticiper leurs attentes. Imiter ce qui se fait ailleurs ne suffit plus, il faut innover.

– Vous critiquez ouvertement le système d’un Etat peu réputé pour sa liberté d’expression. Craignez-vous pour votre sécurité? – Beaucoup de personnes me posent cette question. Des amis m’ont aussi dit de faire attention. Cela dit, je n’ai pas eu de problèmes jusqu’ici. C’est un signe de grand progrès en Chine.