De concept flou, Venturelab est devenu réalité concrète. Le programme national de formation en entrepreneuriat, lancé en mai 2004 sous l'impulsion de l'Agence pour la promotion de l'innovation (CTI) et de l'Office fédéral de la formation et de la technologie (OFFT), a entamé cet automne sa phase pilote. Les premiers modules, sous forme de cours, séminaires et journées d'initiation, ont d'ores et déjà eu lieu (lire encadré). Dernière étape d'un petit tremblement de terre, puisqu'il s'agit avec cette initiative de créer un cursus unique, coordonné au niveau national, dispensé dans toutes les régions linguistiques de Suisse. «Il existait divers projets, souvent ponctuels, mais l'idée de la Confédération était de créer un impact plus fort partout dans le pays», explique Myriam Holzner, porte-parole de l'OFFT.

Meilleure relation qualité-prix

Pour piloter ce projet, Berne a lancé un appel d'offres pour finalement porter son choix ce printemps sur l'Institut saint-gallois IFJ (Institut für Jungunternehmen), encore inconnu de ce côté-ci de la Sarine. «Ce dossier offrait selon nous la meilleure relation qualité-prix», poursuit la porte-parole. A l'origine de nombreuses polémiques, en Suisse romande notamment où la nouvelle formule s'est imposée au détriment de la chaire d'entrepreneurship portée par Create Switzerland également candidate à l'appel d'offres, Venturelab a été lancé contre vents et marées. Son objectif est double: sensibiliser 1500 étudiants des hautes écoles, des écoles polytechniques et des universités à la création d'entreprise, en former 500 à la gestion d'une start-up et favoriser la création d'entreprise en Suisse. Pour ce projet, la Confédération a débloqué 16 millions de francs sur quatre ans, période à l'issue de laquelle l'expérience sera réévaluée, et peut-être poursuivie.

«Notre vision est très claire, à long terme nous espérons créer 10 000 nouveaux emplois», souligne Beat Schillig, directeur d'IFJ. Le cursus est volontairement élitaire et vise les start-up innovantes essentiellement du secteur des hautes technologies, et avec un fort potentiel de développement. «Nous n'avons pas pour but de concurrencer les programmes déjà existants, mais de créer une motivation chez les jeunes. Ensuite, les passionnés pourront toujours faire un master ou un programme plus approfondi», insiste Jordi Montserrat, responsable régional de Venturelab en Suisse romande.

Par exemple, le MoT (Executive master program in management of Technology), master en emploi conjoint entre l'Université de Lausanne et l'EPFL, le certificat en entrepreneurship de l'Université de Genève ou Business Experience, mis sur pied par la haute école valaisanne (HEVs). «Venturelab développe la motivation des jeunes. Il leur donne une boîte à outils et des concepts bien préparés que nous essayons ensuite de développer et de mettre en pratique dans notre propre cursus», déclare Antoine Perruchoud, responsable de l'unité Business Experience, à Sierre. Le principe clé de l'expérience Venturelab est: travailler en réseau, notamment avec les hautes écoles de Suisse. «Nous voulons fonctionner comme la colonne vertébrale de la formation en entrepreneuriat dans le domaine», confirme Jordi Montserrat. C'est pourquoi diverses manifestations sont également prévues en collaboration avec des associations comme les Petits déjeuners des PME & start-up ou les First Tuesday de Rezonance.

Discussions pour un partenariat

Avec l'EPFL, les discussions pour un futur partenariat sont en cours, mais prennent bonne tournure. «Nous devons absolument utiliser l'offre de Venturelab, que nous prévoyons de mettre à la disposition de nos étudiants de deuxième année, lance Dominique Foray, professeur en économie d'innovation et directeur du nouveau collège du management de la technologie à l'EPFL. Elle sera vraisemblablement disponible dès le deuxième semestre. Certes, nous n'avons pas participé à la conception de ce programme, mais nous procéderons assez vite à une évaluation.»

Les concepteurs du nouveau cursus privilégient explicitement l'approche pragmatique. Pour eux, les étudiants doivent acquérir dans ces cours des outils concrets. «C'est pourquoi nos intervenants sont plutôt des spécialistes et des hommes de terrain, que des théoriciens, souligne Jordi Montserrat. Idéalement ils ont un triple profil d'universitaire, de créateur d'entreprise et de formateur.» Le module principal, intitulé «venture challenge», s'appuie sur un fil conducteur, une société qui existe déjà. Les étudiants appliquent au fur et à mesure à cette start-up les instruments acquis durant le cours. «C'est une expérience gagnant – gagnant, souligne Fabrice Consenti, directeur d'Edifice Communication, start-up cobaye active dans l'architecture et les télécommunications. J'essaie de faire vivre aux étudiants mon quotidien, mon travail, mes soucis et mes joies, de les familiariser avec la vie de l'entrepreneur, et eux de leur côté me donnent un feed-back, me montrent mon entreprise sous un éclairage différent, me livrent leurs analyses et me permettent ainsi de mieux la connaître.»

Dominique Foray en est convaincu: «Les besoins en matière d'innovation sont très pratiques et techniques. Nous n'avons pas besoin d'un enseignement sur l'esprit d'entreprise. Il existe déjà dans la société, et de toute façon ne s'apprend pas.» Petit bémol du côté de la Promotion économique de Genève, où Daniel Loeffler, conseiller aux entreprises, constate depuis 2001 une baisse sensible de création de start-up issues de l'Université, au bénéfice de sociétés plus expérimentées et plus orientées long terme. «Il faut faire attention à ne pas galvaniser les gens et les encourager dans une direction incertaine, commente-t-il. Cependant, il est vrai que tout ingénieur a besoin d'intégrer ces notions de base de l'économie. On demande de plus en plus aux gens d'être autonomes, de fonctionner comme de petits entrepreneurs, même au sein des grandes entreprises.»