Transferts

La Premier League vampirise le foot européen

Grâce à leurs 7 milliards de droits TV, les clubs anglais formulent des offres qui ne se refusent pas. Ils sont surfacturés, et ils le savent

Paul Pogba n’est que la pointe de l’iceberg. Le milieu français, recruté cet été par Manchester United pour quelque 120 millions de francs, est le joueur le plus cher de l’histoire. Son transfert symbolise aussi la domination financière toujours plus nette des clubs anglais sur le reste de l’Europe.

Durant le mercato estival qui s’achève ce mercredi 31 août, les Anglais auront été de nouveau – et largement – les plus dépensiers. Il faut dire que depuis la saison 2016-17, les vingt pensionnaires de la Premier League sont au bénéfice d’un nouveau contrat de droits TV qui leur rapportera presque 7 milliards de francs sur trois ans.

Grâce aussi au sponsoring et au merchandising, ils gagneront en moyenne 278 millions de francs chacun cette saison. Deux fois plus que les clubs espagnols et trois fois plus que les clubs français, selon les estimations du cabinet Deloitte.

Même les seconds couteaux sont riches

Ce pactole leur permet de faire monter les enchères et de convaincre, à quelques exceptions près, n’importe quel vendeur. Sur la scène européenne, seuls le Bayern Munich, les deux clubs de Madrid, Barcelone et le PSG peuvent résister.

Les clubs anglais pillent surtout l’Allemagne, la France, l’Espagne et, dans une moindre mesure, l’Italie. Outre Pogba à Manchester, Arsenal a débauché le Suisse Granit Xhaka à Mönchengladbach, Chelsea a enrichi l’OM en lui rachetant Batshuay et Manchester City a pris Leroy Sane à Schalke. Chacun de ses paris s’élève à environ 45 millions de francs.

Lire aussi: Le who’s who de la Premier League version 2016-17

Même le second couteau Southampton peut se permettre de mettre 27 millions sur Sofiane Boufal, racheté à Lille. Et ce ne sont que quelques exemples. Globalement, les clubs anglais devraient avoir dépassé un milliard de livres sterling d’investissement cet été. Une première qui était programmée, signale Deloitte.

«On ne peut pas tripler les tarifs»

Longtemps, certains clubs désespéraient de ne pas pouvoir s’aligner sur les offres anglaises pour retenir leurs joueurs. Mais il faut bien admettre que ces voix se font de moins en moins entendre. Car les vendeurs y gagnent aussi. «Le profil de l’acheteur joue un rôle dans la fixation du prix, c’est une évidence», confirme l’agent de joueur Walter Fernandez. En fonction des circonstances, les grands clubs peuvent parfois être moins regardants», concède-t-il avant de prévenir: «On ne peut pas non plus tripler les sommes. Ces clubs sont gérés par des professionnels et, malgré leur potentiel financier, ils ne sont pas prêts à payer n’importe quel prix.»

Il n’empêche, les riches sont enclins à surpayer. Et il y a une explication rationnelle à cela, affirme Raffaele Poli, responsable de l’Observatoire du football: «Si un joueur rejoint un grand club, c’est généralement que sa trajectoire est ascendante. Pour autant qu’il joue, sa valeur augmentera. Dans un contexte d’inflation d’environ 10% par an, «elle augmentera même dès son arrivée dans sa nouvelle équipe».

Jusqu’à 30% de plus

Exemple avec Umtiti, passé de Lyon à Barcelone. Acheté 30 millions d’euros, bonus inclus, en juillet, le défenseur français en vaudrait déjà 50, aujourd’hui. «Les grands clubs sont conscients et d’accord de payer plus qu’un autre, moins riche, parce qu’ils pensent qui seront capables de faire fructifier leur investissement.»

Dans son modèle d’évaluation, l’Observatoire du football prend donc en compte le statut de l’équipe intéressée à acquérir les services d’un footballeur. Les différences de prix pour un même joueur peuvent atteindre jusqu’à 30%.

D’autres critères font gonfler les prix, comme le degré d’urgence. Quelques grandes opérations de dernière minute pourraient donc être annoncées d’ici à mercredi soir minuit. Lacazette (Lyon) et Matuidi (PSG) font partie de ces dossiers incertains.

Mais l’autre grand feuilleton de l’été concerne James Rodriguez. Le Colombien du Real Madrid pourrait partir contre 75 millions d’euros. Si son départ se confirme, il jouera à Arsenal. Ou plus probablement à Chelsea. Et sans aucun doute en Premier League.

Lire aussi: Sheffield Wednesday – Hull City, le match le plus cher du monde

Publicité