Dernier signe que l'économie chinoise est proche de la fièvre (+9,1 % en 2003), le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a appelé mardi les institutions financières à freiner les prêts dans plusieurs secteurs d'activités qui souffrent de surinvestissement. Depuis six mois, la crainte d'une surchauffe préoccupe les analystes financiers.

Le pouvoir a jusqu'ici tenté de rassurer les investisseurs en affirmant que le risque était connu et sous contrôle. Wen Jiabao, qui est également le patron de l'économie, reconnaît ainsi pour la première fois explicitement que le danger est réel: «Le problème consistant à lancer des projets déraisonnables et redondants qui avaient engendré une inflation galopante au début des années 90 est à nouveau sérieux dans plusieurs industries et régions. Dans le même temps, l'augmentation plus rapide que nécessaire du crédit l'an dernier pose des risques pour le système financier de la nation.»

Le premier ministre, cité par le China Daily, s'exprimait lors d'une séance annuelle de travail du Parti communiste et des responsables des finances. Le quotidien anglophone rappelle qu'à deux reprises déjà, en mai et en août 2003, des circulaires appelaient les banques à mieux contrôler leurs prêts. «Mais les facteurs qui ont conduit à une croissance inutile du crédit n'ont pas disparu, constate encore le journal. De nombreux gouvernements locaux interviennent toujours dans les opérations des banques commerciales pour financer les projets personnels des cadres locaux, et certaines banques sont gérées sans rigueur.» L'an dernier, les crédits bancaires ont fait un bond de 21%, alimentant notamment des secteurs en surcapacité (acier, aluminium, ciment, automobile) ou fortement spéculatifs (immobilier).

Un réflexe protectionniste

Jusqu'ici, toutes les mesures envisagées par le gouvernement central se sont heurtées à la résistance des autorités provinciales et locales qui, dans un réflexe protectionniste, veulent favoriser leurs entreprises en les dopant le cas échéant pour contrer la concurrence extérieure. Lors de cette réunion, Wen Jiabao a par ailleurs réaffirmé que l'objectif du parti était d'établir un système financier moderne. Pékin a injecté 45 milliards de dollars dans deux grandes banques au début de l'année pour les remettre à flot. Beaucoup d'analystes étrangers craignent que ce ne soit pas suffisant. Les voix les plus pessimistes prédisent, à moins d'un traitement de choc, un effondrement du système financier chinois. Dans ces conditions, on comprend que le premier ministre chinois, soucieux de ne pas fragiliser davantage l'édifice financier, ait réitéré à cette occasion la politique monétaire de son pays, à savoir l'arrimage du yuan chinois au dollar américain.