Li Keqiang nie tout acharnement contre les groupes étrangers

Les investisseurs étrangers auront-ils été convaincus? Alors que les milieux d’affaires européens, américains et japonais s’inquiètent de la multiplication d’enquêtes à leur encontre sur le marché chinois, le Premier ministre Li Keqiang a tenté, hier soir, de les rassurer, mais tout en restant évasif.

S’exprimant lors de la première journée du Forum économique mondial, à Tianjin, le chef du gouvernement chinois a notamment promis que la Chine allait «maintenir la stabilité de ses politiques vis-à-vis des capitaux étrangers» et qu’elle ferait même le nécessaire pour «améliorer et standardiser l’environnement des affaires afin d’attirer encore plus d’entreprises étrangères et d’investissements».

Ces déclarations s’inscrivaient dans le cadre d’un discours centré autour de la thématique de la réforme et de l’innovation. Un discours qui se distinguait légèrement de la doctrine officielle en ce qu’il proposait de faire du peuple chinois le moteur de l’innovation. Une approche résolument libérale, donc, de l’économie, faisant de l’Etat le garant d’un fonctionnement juste du marché.

Dans ce cadre, Li Keqiang a notamment fait montre de fermeté au sujet de la protection de la propriété intellectuelle, promettant des sanctions lourdes contre toute entreprise qui enfreindrait la loi en la matière.

Sur le fond, pourtant, il n’est pas interdit de garder une dose de scepticisme devant les propos volontaristes du Premier ministre. Premièrement parce que, contrairement à la situation qui prévalait à l’époque de la précédente équipe dirigeante, il n’est pas certain qu’il ait réellement la haute main sur le pilotage économique du pays.

Sur ce front aussi, l’omniprésent chef de l’Etat Xi Jinping semble bien décidé à rester le principal décisionnaire. Deuxièmement, parce que la dissonance demeure entre les mots et les actes. Alors que Li Keqiang avait affirmé, la veille, que les enquêtes antidumping ne concernaient actuellement des groupes étrangers que dans 10% des cas, il aurait fallu, hier, des propos plus clairs pour convaincre les milieux d’affaires.

Le responsable d’une société européenne œuvrant dans l’énergie ne cachait pas ses doutes: «D’abord, 10% des sociétés, c’est un chiffre dont on aimerait être certain. Ensuite, cela reste une proportion très élevée par rapport à la présence des groupes étrangers dans l’économie chinoise. Enfin, le montant des amendes infligées aux étrangers semble bien supérieur à celui dont écopent les groupes chinois».

Plutôt que de répondre concrètement à ces inquiétudes, Li Keqiang est resté flou, se contentant de grandes promesses de réforme et d’ouverture. Et de relations «gagnant-gagnant» avec le reste du monde.

Le géant japonais du recrutement va entrer en bourse

Recruit Holdings, le plus grand cabinet japonais de recrutement, a annoncé, hier, qu’il allait faire son entrée le mois prochain à la bourse de Tokyo et lever, à cette occasion, plus de 100 milliards de yens (725 millions d’euros) afin de financer d’éventuelles acquisitions.

Le groupe, dont le projet d’introduction a été officiellement approuvé par la place de Tokyo, est présenté sur son segment comme le cinquième acteur mondial, derrière notamment Adecco, Randstad ou encore Manpower Group, mais se rêve en leader global de la gestion de ressources humaines.

Il ne tire toutefois pour l’instant que 20% de son chiffre d’affaires de ses activités à l’étranger et souffre, comme la plupart des grands groupes japonais, de l’anémie d’un marché du travail nippon condamné par le déclin démographique.

Pour doper ses revenus, Recruit a développé d’autres activités. Il est notamment très actif dans l’immobilier et dans le marketing. Le groupe a aussi lancé une gamme de services pour les jeunes Japonais cherchant à se marier.

Il anime ainsi le site de rencontres TwinCue et se propose d’accompagner l’organisation cérémonies de mariage et publie même un magazine centré sur les «resorts» de l’Archipel spécialisés dans les voyages de noces. Son introduction, dont le prix définitif sera dévoilé le 6 octobre, sera très suivie par le marché qui été déçu, ces derniers mois, par le manque d’engouement des investisseurs pour les autres grandes IPO lancées dans le pays.

La difficile réconciliation des opinions publiques asiatiques

Une série d’études d’opinion et de communiqués virils vient de rappeler que les populations de la région, et particulièrement en Chine, au Japon et au Vietnam, conservaient de très vives rancœurs à l’encontre les unes des autres. Publié hier, un sondage conduit au cours de l’été en Chine et au Japon montrait, ainsi, que la méfiance entre les populations de ces deux pays s’était considérablement renforcée ces derniers mois.

Désormais plus de la moitié des Chinois entrevoient la possibilité d’un conflit militaire à l’avenir avec le Japon. Côté nippon, 29% des personnes interrogées croient à la possibilité d’un conflit, pointe l’étude menée par le groupe de réflexion indépendant japonais Genron NPO et le journal d’Etat China Daily.

Depuis l’an passé, la perception des Japonais vis-à-vis de leur grand voisin s’est dégradée. Désormais 93% d’entre eux en ont une impression «défavorable», contre 90,1% auparavant, ce qui représentait déjà un record depuis la mise en place de l’enquête en 2005. Pour justifier cette méfiance, les sondés japonais évoquent «l’attitude hégémonique» de la Chine, et son agressivité sur les océans de la région.

Les Chinois sont de leur côté 86,8% à ne pas penser du bien du Japon. Eux aussi dénoncent les revendications territoriales de Tokyo pour justifier leur méfiance. Ils pointent aussi les tentations révisionnistes d’une partie des élites japonaises, qui refuseraient toujours de reconnaître l’ampleur des atrocités commises en Asie par les troupes nippones au cours de la Seconde guerre mondiale.

Si aucun sondage n’a mesuré, ces derniers jours, la méfiance du Vietnam vis-à-vis de la Chine, les autorités de Hanoï ont, une nouvelle fois, accusé, hier, Pékin de faire preuve d’agressivité en Mer de Chine méridionale, où les deux pays se disputent des territoires.

Le ministère des Affaires étrangères vietnamien a accusé les autorités chinoises d’avoir tabassé en août dernier des pêcheurs vietnamiens travaillant dans des eaux proches des îles Paracel. Des navires rapides chinois auraient intercepté les pêcheurs avant de les battre et de saccager leurs embarcations. Pékin a démenti ces accusations avant d’expliquer que des bateaux de pêche vietnamiens avaient pénétré dans les eaux territoriales chinoises pour pêcher avec des explosifs.

Les militaires chinois auraient seulement confisqué ces explosifs. Cet incident, très suivi au Vietnam, risque de réveiller les tensions entre les deux pays. En mai dernier, des manifestants vietnamiens avaient organisé dans plusieurs villes du pays de violentes actions contre des intérêts chinois. Ils reprochaient alors à la Chine l’installation dans une zone maritime revendiquée par Hanoï d’un puits de forage pétrolier.