Retraites

Le premier pilier se prépare à un exercice difficile en 2016

En 2015, les Fonds de compensation AVS/AI/APG ont enregistré un rendement net négatif de -0,77% sur le capital investi. L’année a démarré avec un recul de 0,9% à fin janvier

Après une performance légèrement négative en 2015, il ne faut pas s'attendre à un retour à une meilleure situation pour l'année en cours. C'est en substance le message délivré par les responsables de Compenswiss, qui désigne les Fonds de compensation AVS/AI/APG. «Nous nous attendons pas à ce que 2016 soit mieux que l'an dernier», a déclaré jeudi à Zurich Marco Netzer, le président sortant du conseil d'administration de la structure qui gère les avoirs de l'assurance vieillesse et survivants (AVS), de l'assurance invalidité (AI) et les allocations pour pertes de gain (APG).

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Dans l'ensemble, le portefeuille de près de 30 milliards de francs géré par l'organisation pour les trois assurances a généré l'an dernier un rendement de -0,77%, après une hausse de 7,1% en 2014 et de 2,8% en 2013. La performance varie entre la fortune gérée pour le compte de l'AVS (27,8 milliards), qui affiche un rendement négatif de -0,97%, et celle de l'AI (4,9 milliards) avec -0,7%, a indiqué Compenswiss qui a dévoilé ses résultats pour 2015 jeudi. 

Les rendements négatifs des obligations étrangères, le repli des marchés des actions et les coûts plus élevés de couverture contre les risques de change, notamment, ont limité la performance des placements. Quant à la performance positive des placements immobiliers directs, celle-ci n'a eu que peu d'impact sur le rendement réalisé compte tenu de la faible part dans son portefeuille.  

3 millions versés à la BNS pour les intérêts négatifs

Par la même occasion, Eric Breval, le directeur de Compenswiss, a tenu a rappelé que le rendement réalisé l'an dernier par les Fonds de compensation AVS/AI/APG ne peut pas être directement comparé à celui des caisses de pension. Compenswiss doit en effet tenir compte d'un horizon de placement plus court et détenir une part plus élevée de catégories d'actifs liquides. Cela exclut les avoirs en immobilier direct ou les placements dans le capital-investissement et les hedge funds. S'y ajoute une part non négligeable de 3,5 milliards détenue en cash. A ce sujet, suite à un accord conclu avec la Banque nationale suisse (BNS), les Fonds de compensation ont dû payer des intérêts négatifs sur les sommes supérieures à la moyenne des liquidités de ces dernières années. Un montant de 3 millions a dû être versé à la BNS, a précisé Marco Netzer.

Liste des gérants externes publiée

Pour se prémunir contre la volatilité des marchés, différents mécanismes de protection («overlay») ont été mis en place par Compenswiss, pas seulement pour les devises mais aussi pour les obligations et les actions. Le fait de recourir à ces mécanismes a réduit la performance certaines années – en 2014, elle s'est par exemple limitée à 7,1 %, comparé à 10,36 % sans «overlay » - mais cela a aussi permis de diminuer de moitié la volatilité des placements l'an dernier. Globalement, les coûts de gestion de la fortune et les charges d'exploitation des Fonds de compensation ont été de 0,17% l'an dernier. Pour la première fois, Compenswiss a aussi publié à la fin de ses documents de présentation pour les médias la liste complète des sociétés à qui des mandats de gestion ont été attribués dans différents domaines. 

Des mécanismes de protection limitent l'impact de la chute des actions 

Compte tenu de la dégringolade des marchés des actions en janvier, l'exercice 2016 n'a pas débuté sous les meilleurs auspices. A fin janvier, la performance de marché a été négative à hauteur de -0,93 % (en incluant les mécanismes de protection) pour les Fonds de compensation. Le rendement a été négatif aussi bien pour la fortune gérée pour le compte de l'AVS (-0,83%) et que pour celle de l'AI (-0,89%). Quel serait l'impact d'une chute supplémentaire des actions ? «Les programmes de protection mis en place jouent leur rôle et limitent l'impact du recul des marchés actions», a expliqué Christophe Schaer, directeur de la stratégie d'investissement.

Dépenses supérieures aux recettes 

Reste que l'évolution des marchés ne constitue pas le seul défi qui se posera pour l'institution ces prochaines années. Déjà négatif pour l'AVS en 2015, le résultat de répartition – qui tient compte uniquement des recettes et des dépenses des assurances sociales, indépendamment de la performance des marchés – risque de continuer d'accumuler les pertes ces prochaines années. Selon des estimations effectuées par l'Office fédéral des assurances sociales en septembre, les pertes cumulées devraient avoisiner les 6 milliards en 2020 et même 10 milliards en 2022. A l'inverse, le résultat de répartition devrait être positif pour l'AI ces prochaines années.

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