Les gouvernements d'Europe avaient le couteau sous la gorge hier. Il fallait apporter une réponse spectaculaire, ou risquer de se voir accusés d'un effondrement du système financier. Le sommet des Quinze à Paris a dû ficeler, bon gré mal gré, un plan d'aide maximal aux banques européennes. Plus aucune demi-mesure n'aurait fait l'affaire. Il fallait en outre rattraper le « ratage » du G7 samedi, aux déclarations trop vagues, accueillies par un unanime «ce n'est pas assez !», qui menaçait déjà de prolonger le krach boursier et le gel complet du marché interbancaire dès ce matin.

La spirale du «pas assez» a fonctionné, jusqu'au bout, comme un chantage au suicide du système bancaire, exigeant tout des gouvernements, torpillant les mécanismes de démocratie libérale, aux Etats-Unis puis en Europe. Cela signe l'émergence d'un «capitalisme du désastre», dans les mots de l'écrivain Naomi Klein, dans lequel les banques, trop grandes et interconnectées pour faire faillite, pourront provoquer des chocs de plus en plus fous, puis exiger l'indispensable sauvetage public, ou alors couler la planète avec elles ...

La confiance des acteurs de l'économie réelle, elle, ne s'achètera pas avec des montants à 11 zéros, mais avec la preuve patiente d'un retour de l'intégrité dans la finance. En outre, l'action des Etats inspire peu confiance car les deniers publics ont négligé l'aide au public. Il faut un soutien fort et direct qui ciblerait les consommateurs et les entreprises, pour restaurer leur envie de dépenser et d'investir.

La bourse, elle, a certaines raisons fondamentales de chuter. Elle puise sa santé dans l'économie réelle. Sait-on que les cours des banques européennes sont corrélés à 85% aux prix de l'immobilier américain, qui ne se stabilisera que dans 9 à 12 mois ?