Essorés par près de onze mois de crise du crédit, de plus en plus de créanciers se résolvent à vendre à des tiers leurs prétentions sur des débiteurs fragilisés ou des titres de dette structurées dont plus personne ne veut. Ils consentent à des décotes importantes de leurs portefeuilles, de crainte de perdre le peu qu'ils peuvent espérer récupérer. Ce marché secondaire de la dette à haut risque, dite «distressed», revit de belles heures.

Au plan tactique, le débat fait rage parmi les acheteurs: faut-il sauter maintenant dans le train alors que des portefeuilles entiers sont à prendre, ou doit-on attendre encore, le temps que le cycle économique se creuse encore, ce qui accroîtra les difficultés des créanciers et jettera encore plus de dettes sur le marché à des prix toujours plus massacrés? Par essence, la stratégie «distressed» est «long». Ses utilisateurs parient sur le redressement de la valeur des créances induit par le retour à meilleure fortune des créanciers. Elle requiert une bonne dose d'optimisme: plus vite la conjoncture se reprend, plus les portefeuilles reprennent de la valeur rapidement.

Le signe que les optimistes s'affirment, c'est que les acheteurs de dettes «distressed» se bousculent. La concurrence qu'ils se livrent fait remonter les prix de certains portefeuilles décotés. Pour la banque de données Hedge Fund Research, la stratégie affiche même la troisième meilleure performance sur huit ans. La conséquence de cette bonne santé du marché de la dette massacrée se lit sur le dernier communiqué d'UBS: la grande banque a minimisé ses pertes en revendant à un prix plus élevé que prévu des titres de dettes que la crise des «subprime» avait réduits à peu de chose.