Le sauvetage d'UBS avait certes pour objectif de préserver ce qu'il convient d'appeler un des poumons économiques de la Suisse. Mais il vient surtout réparer les dégâts causés par une stratégie américaine folle, qui menace à présent de détruire ce fleuron suisse de la gestion de fortune mondiale. La question qui se pose est celle-ci: pourquoi est-ce l'argent public suisse qui doit combler ces pertes?

Rappelons qu'UBS Investment Bank est une banque new-yorkaise, avec une licence bancaire américaine, régulée par la Securities and Exchange Commission. UBS employait quelque 32000 Américains, figurait parmi les cinq plus grandes banques de Wall Street, finançait les campagnes électorales aux Etats-Unis. Mais lorsqu'UBS Investment Bank a eu besoin de décharger 60 milliards d'actifs toxiques américains, elle n'a pu se tourner vers le fonds de sauvetage du Trésor américain de 700 milliards, qui promettait pourtant d'aider toutes les banques de Wall Street.

Elle a dû se tourner vers la Banque nationale suisse, dont le bilan est 15 fois inférieur au sien. Désormais, la BNS est propriétaire du plus gros fonds d'actifs toxiques américains en Europe!

L'asymétrie dans la distribution transatlantique des pertes et des gains est aberrante. La collectivité suisse aura été, a posteriori, la garante directe des risques fous pris par UBS aux Etats-Unis. S'il l'avait su, le citoyen suisse aurait pu exiger, et obtenir, de partager l'enveloppe de bonus de 20 milliards de francs versée aux traders et dirigeants d'UBS, en échange d'une telle garantie.

Mais les Suisses ignoraient qu'ils hériteraient des pertes de cette banque mi-suisse mi-américaine, essuyées dans ce pays où les autorités n'ont sauvé que leurs propres fleurons.

Si UBS a recouru à Berne, c'est parce que Washington a renoncé à elle. Et elle, au marché américain.