En adoptant une structure holding et en vendant ses participations à l'étranger dans la téléphonie fixe, Swisscom montre les choix que l'évolution du marché européen des télécoms, d'une part, et sa taille modeste, d'autre part, lui imposent. Pour réussir à gagner sa place dans un univers en expansion mais dont les premiers signes de concentration se multiplient, l'opérateur national suisse n'a ni le droit de se tromper dans sa stratégie, ni celui de manquer de moyens pour la mettre en œuvre. Or, si le virage vers le mobile, Internet et les services à valeur ajoutée sonne désormais comme une évidence, c'est aussi le plus coûteux et le plus risqué.

La transformation annoncée vendredi est une première adaptation de Swisscom aux conditions du marché. C'est aussi un premier pas concret vers un débat politique fondamental qu'aucune manœuvre dilatoire ne saurait éluder. Car, tôt ou tard (et il serait bon que cela se fasse assez vite), la question du désengagement total de l'Etat se posera, et il se trouvera facilement cent mille citoyens pour signer l'inévitable initiative qui s'opposera à cette marche vers la libéralisation. Or, plusieurs exemples en Europe (Deutsche Telekom – Telecom Italia, KPN – Telefonica) ont déjà montré le genre de problèmes qui peuvent survenir dans les tentatives d'alliance entre opérateurs, lorsque l'Etat conserve la majorité ou même une large part de leur capital. Pour que Swisscom puisse défendre ses chances avec les coudées franches, les milieux politiques qui soutiennent la logique d'un marché plus libre et plus créateur de richesses et d'emplois doivent d'ores et déjà préparer cette échéance importante, avec le plus grand soin, et avec détermination. Se contenter de petits pas ne suffira pas.