Sauf catastrophe de dernière minute, Swiss World Airways prendra son envol commercial le 10 septembre à 9h25, de la piste de Genève-Cointrin, destination Newark – New York. Jeudi après-midi, Peter Leishman, le PDG Canadien de la compagnie romande, a donné les détails du programme et exposé les ambitions du nouveau venu sur la scène aérienne suisse. Après avoir longtemps attendu, SWA se lance, même s'il manque encore quelques autorisations. Les dirigeants de Swiss World ont en outre signé mercredi un contrat de leasing pour quatre appareils supplémentaires qui seront livrés en 1999.

L'Airline operating certificate, le document que l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) doit délivrer pour que SWA puisse exploiter ses vols commerciaux, n'est pas encore arrivé. Motif: le calcul exact des coûts opérationnels de la jeune compagnie restait imprécis. Or, l'OFAC doit pouvoir s'assurer que l'entreprise de transport aérien est à même de supporter financièrement six mois d'exploitation sans aucune recette. Sur la base de ce document, les autorités de l'aviation civile américaine délivreront à leur tour l'autorisation d'exploitation commerciale. Selon Peter Leishman, «toutes ces opérations sans problèmes prendront deux à trois jours».

En matière de chiffres, SWA donne moult détails sur ses tarifs mais reste coi quant à son plan de financement, ses résultats semestriels, son budget prévisionnel ou le temps qu'il lui faudra pour attendre l'équilibre… Trois ans? Six mois? Un an? Peter Leishman a prononcé ces trois échéances, sans plus de clarté, mais en affirmant que SWA était, point de vue rentabilité, «très ambitieuse». Une augmentation de capital reste prévue, en deux temps: cet automne, il devrait passer de 30 à 45 millions, puis, avant la fin de l'année, une assemblée générale extraordinaire devrait décider de porter le capital à 60 millions. Pour l'heure, «environ 90%» du capital initial ont été libérés. Un actionnaire se fait tirer l'oreille. Et le canton de Fribourg n'a pas encore versé un centime, ce qui bannit son drapeau du fuselage du B-767 de SWA.

Ces cachotteries financières, au demeurant légales (SWA n'est pas une société cotée), n'empêchent pas la compagnie basée à Genève de songer à son expansion: un Boeing 757 loué rejoindra sa flotte pour cet hiver seulement – il devrait assurer le vol de soirée Bâle-Newark, si l'OFAC autorise que deux compagnies suisses exploitent la même ligne. Puis, de février à mars (si Boeing arrive à respecter les délais de livraison), SWA «leasera» quatre Boeing 737-700 ER de nouvelle génération, deux à Bavaria Fluggesellschaft (Munich), deux à Pembroke Capital (Dublin). Dans cette configuration long-courrier du biréacteur le plus populaire du monde, SWA sera premier client de la firme de Seattle. Cet avion de petite capacité (93 places) mais de long rayon d'action permettra à SWA de relier Genève à Washington (une fois par jour) et à Montréal (cinq à six vols par semaine), puis d'autres destinations américaines et asiatiques. Le vol sur Newark sera quotidien, sauf le mercredi. Dans un an, SWA devrait compter 200 employés (90 actuellement), dont 80% seraient basés à Genève.

Les tarifs transatlantiques plancher, tous sans restrictions et basés sur le concept de l'aller-simple et de la pérennité dans l'année, s'étalent de 350 francs en «EcoPlus» – une offre de lancement démarre même à 250 francs – à 1900 francs en «Première». Mais les repas, essentiellement froids, se paieront comptant. Une visite de l'avion a pu confirmer un souci de procurer de la place aux jambes des passagers, en particulier en économique. Pour lancer son produit, SWA n'aura que peu de temps. La compagnie prépare une opération séduction: elle invitera 3000 écoliers à survoler leur canton, dès le 31 août, en organisant 28 vols d'une heure.